UN FILM QUI COLLE A NOTRE EPOQUE,L'UCC COURONNE "LITTLE ODESSA"

HONOREZ,LUC

Page 8

Lundi 8 janvier 1996

Un film qui colle à notre époque

L'UCC couronne

«Little Odessa»

Le grand prix 1996 de l'Union de la critique belge du cinéma (UCC) a été attribué au film «Little Odessa», réalisé par le Britannique James Gray.

Jusqu'à la fin, les débats ont été serrés entre les membres de l'UCC qui ont eu du mal à départager «Little Odessa» et «Before the Rain», de Milcho Manchevski, un jeune réalisateur yougoslave émigré aux États-Unis. Dans l'un et l'autre cas, il s'agissait d'un premier film.

L'objet du grand prix de l'UCC n'étant pas de désigner le meilleur film de l'année mais une oeuvre qui n'a pas trouvé suffisamment son public, qui a enrichi la création cinématographique et qui n'a pas recueilli assez d'attention dans les grands festivals, il ne faut pas s'étonner si deux des films les plus importants de 1996, «Le Regard d'Ulysse», d'Angelopoulos, et «Underground», de Kusturica, qui resteront comme deux oeuvres phares de l'atmosphère des années 90, n'ont pas fait partie des finalistes qui comptaient, également, «Exotica», « Ed Wood» et «Heavenly Creatures». Par contre, on regrette que le magnifique film «Smoke», de Wayne Wang et de Paul Auster, dont l'atmosphère (très narrative et fourmillante de détails justes) décrit comment par la solidarité et le compagnonnage on peut surmonter le désenchantement ambiant, n'ait pas retenu l'attention des inscrits à l'UCC d'autant que «Smoke», qui met en scène l'«espoir en action», est magnifiquement joué par Harvey Keitel et William Hurt - bref, courez voir «Smoke» !.

«Little Odessa» reste un beau choix, c'est le nom d'un communauté new-yorkaise habitée par des Juifs russes émigrés. James Gray y pénètre la mafia, peint les envies suicidaires qu'un milieu désespéré crée et le retour du fils «maudit» d'une famille de ce quartier qui conduit à un affrontement entre le père et le jeune homme, tueur à gages, sur la base d'un naufrage existentiel. «Little Odessa» a aussi le mérite de mettre en évidence le talent de l'hyper-doué acteur britannique Tim Roth («Pulp Fiction», «Rob Roy») qui, avec Harvey Keitel, mériterait le titre de meilleur interprète de l'année.

Lors de la sortie de «Little Odessa», en avril, Fabienne Bradfer écrivait dans les colonnes du «Soir» : James Gray mélange le film noir et la tragédie antique. Etrange et beau mélange qui donne un film d'aujourd'hui où les innocents sont sacrifiés, les décors glauques, les promotions sociales inexistantes et les «end» sans «happy». On le voit, «Little Odessa» résume exactement les crises sociales et d'âmes qui agitent ce début de l'an neuf qui s'ouvre sur un avenir ô combien incertain.

L. H.