UN GLABAISIEN AVAIT PIEGE SA MAISON

VANDENDRIES,JEAN

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Mardi 6 novembre 1990

Un Glabaisien avait piégé sa maison...

Armes non prohibées mais leur dispositif bien

L'autodéfense, vous connaissez? Sans doute, mais la pratiquez-vous? Si vous vous laissiez tenter, lisez-nous afin d'éviter la mésaventure de cet habitant de Glabais bien connu.

En mai 1989, partant en vacances, il piégea sa maison à l'aide de cinq canons avertisseurs semblables à ceux utilisés pour éviter que les renards ne viennent se pourlécher les babines dans les poulaillers. Des fils de nylon reliés aux percuteurs devaient permettre le déclenchement. Il alerta le commandant de brigade qui l'invita à «ranger ses outils» mais il promit de charger les canons de balles à blanc et poussa même le raffinement jusqu'à prévenir les candidats voleurs par des pancartes «Attention. Maison piégée. Danger de mort».

Le coeur serein, notre Glabaisien s'en alla goûter au chaud soleil espagnol mais les gendarmes intervinrent et jugèrent prudent de faire appel au service de déminage. L'expert en balistique signala que le dispositif pouvait avoir des conséquences mortelles mais il dut bien constater que les armes ne lui apparaissaient pas prohibées. Le juge d'instruction et le Parquet ne furent pas de cet avis puisque le sexagénaire s'est retrouvé inculpé de fabrication et de dépôts d'armes prohibées. Le 8 octobre dernier, il se montra fidèle à ses convictions de... self-defense en se passant d'avocat.

Le prescrit constitutionnel prévoit l'inviolabilité du domicile. Les armes étaient en vente libre quand je les ai achetées. J'avais pris mes précautions. En cas d'incendie, les fils en nylon auraient fondu.

Le substitut du procureur du Roi, M. Cumps, ne réclama pas la mort du chasseur de voleurs. Il préféra le terme de canons destructeurs à celui de canons avertisseurs puis, devant l'affirmation du prévenu selon lequel il ignorait, à l'étranger, les nouvelles dispositions réglementant les armes et l'obligation de l'homologation, il alla jusqu'à considérer que l'on pouvait peut-être parler d'erreur invincible.

Le jugement a été rendu ce lundi. Trois mois de prison avec sursis de trois ans et une amende de 30.000 F. Les attendus retiennent que les armes (à confisquer) n'étaient pas prohibées en elles-mêmes mais que le dispositif l'était pour les candidats voleurs ou ceux qui, sans mauvaise intention, auraient pénétré dans l'habitation en cas d'incendie ou d'inondation.

L'amende est salée, a conclu le prévenu.

J. V. D.