Un humoriste à l'assaut de la frontière linguistique

n.c.

Vendredi 3 décembre 2010

Bert Kruismans a fait ses début il y a une quinzaine d'années en Flandre (nord), multipliant les "one-man-shows" et les interventions à la télévision et à la radio flamande. Depuis 12 mois, il tourne également dans les centres culturels en Wallonie francophone (sud) et à Bruxelles avec son spectacle "La Flandre pour les nuls", où il rencontre d'un succès croissant. Il dispose également de sa propre chronique, tous les vendredis matin, sur la radio publique francophone RTBF. Dans un pays qui compte 6 millions de Flamands néerlandophones à la culture influencée par le monde anglo-saxon et 4,5 millions de francophones, plus latins et généralement tournés vers la France, il est le seul humoriste à lancer de telles passerelles. Ces références culturelles opposées et la crise politique qui plombe les relations entre les deux communautés linguistiques belges depuis des années sont une source d'inspiration sans fin pour ce quadragénaire à la fine moustache, à la Napoléon III. "Et vous, madame, vous avez regardé récemment les informations flamandes", lance-t-il à une spectatrice en ouverture de son spectacle, où il incarne notamment un personnage envoyé par le ministre du tourisme pour promouvoir la Flandre en Wallonie. "Non, pas vraiment? Pourtant, vous savez, on a aussi des chaînes de télé. On sait même lire, depuis quelques années,...", ajoute Bert Kruismans, pour qui le sens de l'autodérision est l'une des seuls traits communs entre tous les Belges. Car pour le reste, déplore-t-il, le fossé entre Flamands et francophones est profond. "Il n'y a pas de médias nationaux, on n'a pas les mêmes vedettes, et même pas les mêmes partis politiques", a-t-il expliqué à l'AFP. La Belgique a besoin d'un nouveau gouvernement, estime-t-il, alors que les partis flamands et francophones n'arrivent pas à constituer une nouvelle coalition gouvernementale depuis près de six mois. "Beaucoup de politiciens flamands soulignent les différences avec les francophones et beaucoup de politiciens francophones soulignent celles avec la Flandre", regrette-t-il, tout en disant qu'il ne faut "pas mélanger les rôles: eux, ce sont les politiciens, moi je suis l'humoriste". Car le mélange des genres peut parfois donner des résultats détonnants. Il y a quelques semaines, un homme politique flamand, Eric Van Rompuy, frère de Herman, le président de l'UE, a vu rouge lors d'un débat télévisé en prenant au premier degré la plaisanterie d'un intervenant qui suggérait que les deux communautés se partagent la côte belge, alors qu'elle est intégralement en Flandre. Il ne savait pas que son interlocuteur était l'humoriste Philippe Geluck, célèbre chez les francophones, et au-delà en France, mais inconnu dans le nord du pays. Le public francophone de Bert Kruismans, lui, semble ravi. "Ca détend l'atmosphère, c'est bien", dit un spectateur. "Il arrive à prendre le recul que les politiques n'ont pas. La vérité fait peut-être mal à certaines personnes". Côté flamand, les gens sont "d'abord surpris", puis "généralement positifs", selon Bert Kruismans, qui a tout de même relevé quelques réactions négatives: "Certains me disent +Tu vas te faire de l'argent en Wallonie en te moquant de nous+", mais c'est exceptionnel".

n.c.