UN JESUS QUI RUE DANS LES BRANCARDS DOGMATIQUES L'EVANGILE SELON JACQUES DUQUESNE

LAPORTE,CHRISTIAN

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Mercredi 30 novembre 1994

Un «Jésus» qui rue dans les brancards dogmatiques

L'Evangile selon Jacques Duquesne

Jésus le Nazaréen, pour d'aucuns un personnage historique et pour d'autres le fils de Dieu, a la cote. Celle des livres, s'entend: ces dernières semaines, le public croyant mais aussi agnostique a l'embarras du choix entre un «Jésus», signé Jacques Duquesne, un «Jésus; l'histoire vraie», du P. Potin, et, pour ceux qui n'ont pas le temps d'approfondir la question, un «Jésus-Christ», en poche, du P. Quesnel, dans la collection Domino chez Flammarion...

Trois approches qui, à leur manière, donnent une vision plus humaine de celui qui a marqué la pensée des vingt siècles qui sont derrière nous. Des trois, c'est le Duquesne qui fait couler le plus d'encre et de salive. Tant dans le monde catholique que parmi les non-croyants.

Et pour cause: l'homme qui n'a jamais caché qu'il avait la foi chrétienne - il dit volontiers qu'il relève de la paroisse parisienne de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (intégriste, lefèbvriste) pour ajouter aussitôt qu'il fréquente personnellement des lieux plus modernes et postconciliaires... - a plutôt rué dans les brancards dogmatiques en réécrivant la vie de Jésus à la lumière des plus récentes découvertes historiques. Son Jésus demeure un homme exceptionnel, mais le journaliste du «Point», de «La Croix» et d'Europe 1 en fait aussi un humain que l'on pourrait côtoyer dans les rues de Paris ou de Bruxelles.

UNE MISE EN GARDE

OFFICIEUSE

Un humain plutôt bon vivant qui n'était pas du tout certain de son avenir. Et qui ne cherchera pas la mort, mais l'acceptera plutôt comme dans une mission à haut risque. Il n'est pas établi non plus qu'il ait accompli des miracles au sens premier du terme, mais était plutôt un de ces géniaux guérisseurs qui soulageaient la misère des gens de la Palestine d'alors.

Mais cela peut encore se concevoir si on ne fait pas une lecture fondamentaliste de l'Évangile. Par contre, en affirmant qu'il n'est pas certain que Marie soit restée vierge - ce qui ne met pas en doute sa foi en une virginité de l'ordre du symbolique... -, Jacques Duquesne court de réels risques.

Si plusieurs évêques ont accusé poliment réception du livre, la conférence épiscopale française, réunie à Lourdes, a, elle, plutôt accusé le choc. Et sans se prononcer, elle ne doit pas être loin de soutenir une prise de position plutôt ferme contre l'auteur de la part du P. Grelot, un exégète plutôt «romano-romain», qui a parlé dans les colonnes du «Monde» de mise en doute de la foi catholique...

De passage à Bruxelles, Jacques Duquesne nous a confié qu'il craignait surtout des lectures biaisées de son livre.

- Certains évêques m'ont parlé de points de vue que je n'ai absolument pas défendus! Cela me fait un peu peur, car on me reproche des choses que je n'ai jamais écrites!

UN LONG FLEUVE

TOUJOURS EN ACTION

Et d'ajouter qu'il reste confiant comme chrétien. L'Église, ce n'est pas seulement la hiérarchie mais aussi tout un peuple dont je suis! J'estime tout simplement que la tradition doit tenir compte des apports nouveaux de chaque époque. Pour moi, c'est un long fleuve toujours en action qui par sa force arrache la terre des berges et charrie des bouts de branches, permettant à la nature de se renouveler. Mais la source reste toujours la même! Pour d'autres, la tradition, c'est des wagons d'archives qu'on accroche les uns aux autres...

Jacques Duquesne craint-il un coup de crosse?

- On ne sait jamais mais j'en ai déjà eu en 1952 comme responsable de l'Action catholique des jeunes: on m'avait reproché d'agir sans mandat de la hiérarchie...

CHRISTIAN LAPORTE

Les éditeurs respectifs: Desclée De Brouwer-Flammarion, pour Duquesne, Le Centurion, pour Potin, et Flammarion, pour Quesnel.