UN NOUVEAU MILLIARD POUR LES HABITATIONS SOCIALES RAGAILLARDIR LE LOGEMENT BRUXELLOIS

COUVREUR,DANIEL

Page 18

Mercredi 27 mars 1991

Un nouveau milliard pour les habitations sociales

Ragaillardir le logement bruxellois

Les rentiers belges préfèrent désormais le papier à la brique. L'habitat en pâtit. La Région soupoudre les milliards pour relancer le logement social.

Pour la première fois de son histoire, Bruxelles est menacée par une crise du logement. La pénurie de toits a des causes multiples: l'arrêt des constructions sociales entre 1980 et 89, le repli des capitaux privés des maisons de rapport vers des placements financiers plus rentables, l'inflation bureaucratique liée à la création du marché unique européen.

Ces éléments font reculer l'offre du secteur privé locatif et déstabilisent les mécanismes du financement immobilier, avec pour résultat un exode de la population. Résolus à garder les habitants et leurs impôts, les pouvoirs publics régionaux tentent de redynamiser le marché du logement. Ils usent à cette fin d'un nouvel outil, la Société du logement de la Région bruxelloise (SLRB). En 1990, la SLRB a dépensé 1,5 milliard dans la construction de nouveaux appartements sociaux. Pour 91, le montant des investissements a été fixé, jeudi dernier, à 1,3 milliard.

Des sommes symboliques en regard du défi à relever, mais le signe que les choses bougent dans la bonne direction. C'est du moins l'avis de l'administrateur-délégué de la SLRB, le FDF Jean-Pierre Cornelissen:

- C'est vrai que les priorités budgétaires ne manquent pas à Bruxelles: déficit des caisses communales, des transports en commun... Et il en va de même dans le logement social, où traîne une dette de 25 milliards. Par ailleurs, l'appauvrissement de la population réduit constamment les recettes des sociétés de logements sociaux. Douze d'entre elles sont en gros déficit. Dans ces conditions, c'est un geste significatif que de consacrer plus d'un milliard par an à de nouveaux investissements.

Selon les derniers chiffres disponibles, le parc actuel des logements sociaux bruxellois est de 36.878 appartements, gérés par 36 sociétés locales placées sous la tutelle de la SLRB. En 1990, la Région a mis sur le marché 448 nouveaux logements. Cette année, le secrétaire d'État Didier Gosuin annonce 211 constructions nouvelles, 73 reconstructions et 793 rénovations:

- L'axe prioritaire de l'Exécutif est de recréer des logements dans le centre-ville et les communes de la première ceinture, tout en modulant les crédits en fonction des efforts de bonne gestion effectués par les sociétés locales. Nous espérons investir au moins trois milliards supplémentaires dans ce programme au cours des trois prochaines années. Et à l'initiative de Charles Picqué, la Région a entamé une démarche auprès du gouvernement national pour obtenir une réduction de 17 à 6 % du taux de TVA appliqué à la construction de logements sociaux. Cela devrait permettre d'augmenter d'autant nos moyens financiers dans ce secteur.

Les principaux bénéficiaires de la manne de 1991 sont les communes de Bruxelles (196 millions à la construction), Forest (208 millions à la construction et 45 à la rénovation), Koekelberg (195 millions à la construction), Jette (90 millions à la construction), Saint-Gilles (70 millions à la rénovation), Ixelles (55 millions à la réhabilitation) et Evere (50 millions à la rénovation).

À ces efforts, Didier Gosuin espère ajouter avant l'été celui de la rénovation des casernes: L'Exécutif est en passe d'aboutir sur ce dossier. Le plan de réaménagement des casernes prévoit au moins 15 % d'habitations sociales et du logement moyen. Il en faut aussi pour équilibrer le marché immobilier bruxellois et alléger la pression sur le bâti existant.

Dernier problème à résoudre pour rendre sa crédibilité au logement social: les listes d'attente. Elles sont aujourd'hui longues de 20.000 noms et les mécanismes d'attribution jouent parfois au yo-yo politique. Didier Gosuin a écrit cette semaine à toutes les sociétés de gestion pour leur rappeler l'obligation de tenir un registre des demandeurs et de respecter strictement les régles d'attribution.

Le secrétaire d'État refuse par contre l'idée d'une liste centrale informatisée: Le danger d'atteinte à la vie privée serait trop grand. Et centraliser la gestion de 36.000 logements condamnerait toute souplesse dans le choix des appartements.

DANIEL COUVREUR