Un premier pas vers une reconnaissance officielle? Un congrès-vitrine pour le bouddhisme belge Un culte déjà reconnu sous ce gouvernement?

LAPORTE,CHRISTIAN; WOUTERS,JEAN

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Vendredi 15 septembre 2000

Un premier pas vers une reconnaissance officielle? Un congrès-vitrine pour le bouddhisme belge

Créée en 1997, l'Union bouddhique belge veut favoriser le dialogue et la collaboration entre les différentes écoles bouddhiques présentes chez nous, tout en étant le porte-parole de ces courants auprès des autorités. Ce samedi 16 septembre, l'UBB franchit un nouveau pas vers le grand public en tenant son premier congrès dans les locaux mais aussi avec la bénédiction de la Vlaamse Universiteit Brussel, l'université libre flamande de Bruxelles...

Une alliance qui surprendra peut-être certains mais qui «tient la route»: entre l'éthique universaliste du bouddhisme, l'humanisme laïque et le libre-examen, la distance n'est pas très grande, que l'on soit spiritualiste voire franchement matéraliste.

La journée (1) s'articulera du reste autour de ces thèmes puisqu'on évoquera la situation de l'humanisme en Belgique le matin et la place du bouddhisme durant l'après-midi. Avec des experts qui se nourrissent parfois des deux traditions comme le psychiatre J.P. Schnetzler qui est à la fois bouddhiste et franc-maçon. Mais ce ne sera pas la seule approche puisqu'on entendra également une moniale bénédictine qui a participé à des échanges interreligieux au Japon et au Tibet ou encore Han De Wit qui passe pour le fondateur de la psychologie contemplative. Ce sera donc un congrès mais aussi une vitrine pour mieux faire connaître le bouddhisme. Avec comme objectif, pour l'Union bouddhique, de devenir à terme l'interlocuteur officiel du bouddhisme en Belgique, tout en tenant compte que ce n'est pas un culte et pas uniquement une morale non confessionnelle...

Pas question non plus de traiter le dalaï-lama de «pape des bouddhistes»...

Evidemment pas, s'exclame Frank Goetghebeur président de l'UBB, puisqu'il n'y a pas d'autorité suprême. Le dalaï-lama s'inscrit comme d'autres maîtres dans la grande tradition des écoles bouddhiques. Ces dernières peuvent privilégier la doctrine mais aussi s'inspirer plutôt de l'éthique en général. C'est dans ce courant que s'inscrit le bouddhisme belge en se référant aussi aux critères des lois civiles.

On l'aura compris: le bouddhisme est pluriel chez nous et l'UBB vise surtout à fédérer ses différentes approches en ne les hiérarchisant pas les unes par rapport aux autres puisque ce serait contraire à la tradition.

Nous prônons une certaine transparence, poursuit Frank Goetghebeur. C'est pourquoi, les associations doivent se constituer en ASBL et exister depuis au moins un an. Une dizaine qui ont pignon sur rue dans les différentes parties du pays ont demandé leur adhésion et quelques autres s'y préparent. Le bouddhisme belge est aussi très international puisqu'à côté des Belges de souche et des Européens - que l'on évalue, sans vraiment disposer de résultats concrets, à quinze, vingt mille -, il y a des Cambodgiens, des Laotiens, des Japonais, des Vietnamiens, des Tibétains,... - soit encore cinquante, soixante mille personnes. On ne peut donner un nombre plus précis, mais le congrès nous permettra de lancer un appel dans ce sens.

MILLE PORTES D'ENTRÉE

La grande richesse du bouddhisme belge réside aussi dans la coexistence de diverses approches: chacun d'entre nous a son histoire personnelle. Il y a mille portes pour entrer dans le bouddhisme. Celle de la spiritualité non théiste, celle qui privilégie l'autonomie de l'individu sans autorité extérieure, celle de la mystique intégrée dans la vie quotidienne, etc.

Le bouddhisme peut-il être sectaire? Frank Goetghebeur ne l'exclut pas sans pour autant aller dans le sens du rapport de la commission d'enquête parlementaire qui s'était quelque peu emmêlé les pinceaux. L'UBB veut évidemment contribuer à distinguer le bouddhisme authentique de toute forme de dérive. Et est prêt à travailler avec l'Observatoire des sectes...

CHRISTIAN LAPORTE

(1) Renseignements: UBB, Kruispadstraat, 33, 2900 Schoten, tél.: 03-685.09.19.

Un culte déjà reconnu sous ce gouvernement?

L'Union bouddhique veut donc faire reconnaître officiellement le bouddhisme en Belgique. Si pour certains, c'est une religion, pour d'autres, il s'apparente plus à une philosophie, à une science de l'esprit. Finalement , explique Frank Goetghebeur , c'est une grande richesse puisque nous nous sentons à l'aise dans les milieux spiritualistes comme dans ceux proches de la laïcité. On peut en tout cas aller souvent dans la même direction, vers une éthique universelle au-delà des religions.

C'est du reste aussi ce qui a amené le recteur sortant de la VUB, Els Witte, à répondre avec enthousiasme à la demande d'organisation d'une rencontre commune au campus de la plaine des Manoeuvres. Et les catholiques? Frank Goetghebeur marque certaines réserves, même s'il est vrai que le cardinal Danneels a déjà reçu le Dalaï-Lama et s'il y a de bons contacts à la base.

De l'existence officieuse à la reconnaissance officielle, il y a cependant plus qu'un pas. Frank Goetghebeur ne voit pas émerger un «organe chef de culte» - ah! cette terminologie de la législation sur les cultes et la morale non confessionnelle... - avant cinq, voire dix ans.

Il y aura alors de nombreux problèmes à résoudre, comme celui de la place du bouddhisme dans l'enseignement. Ou les conseillers spirituels ou laïques dans certaines institutions. A cet égard, le Lama-Karta (Huy) est déjà très actif dans les prisons, les hôpitaux ou les soins palliatifs...

Reste que Frank Goetghebeur n'est pas pessimiste: De nombreuses voix me confirment que cela pourrait bouger plus vite que prévu grâce à l'actuelle constellation politique qui pourrait envisager un autre financement des cultes. Nous avons déjà eu un certain nombre de contacts avec des élus socialistes, écologistes et même libéraux...

C. L.