Un premier robot neurochirurgien bientôt en Belgique

SOUMOIS,FREDERIC

Vendredi 4 novembre 2011

L’utilisation d’une interface entre instruments et mains du chirurgien permet de diminuer les risques liés à la durée de l’intervention ainsi qu’une précision accrue qui multiplie les applications. Erasme sera le premier hôpital belge à s’en équiper. Par Frédéric Soumois

Le robot s’appelle Rosa et il n’en existe qu’une dizaine au monde. Il équipera bientôt le service de neurochirurgie de l’hôpital universitaire Erasme (ULB) qui sera le premier hôpital belge à en faire l’acquisition. Son service de neurochirurgie, qui fête ses trente ans, fut fondé par les professeurs Jacques Brotchi et Jacques Noterman et acquit rapidement une renommée internationale, Jacques Brotchi devenant notamment le président de la Fédération mondiale de neurochirurgie… « A l’époque, il fallut dix jours pour que j’opère mon premier patient. Aujourd’hui, le service pratique plus de 1.700 interventions par an », souligne le chirurgien qui, quoique sénateur MR, continue à opérer chaque semaine des tumeurs de la moelle épinière, dont il est l’un des experts mondiaux.

« Demain, ce nouveau robot chirurgien nous permettra de nous guider avec précision là où il faut agir au millimètre près, explique le professeur Olivier De Witte, chef de service de neurochirurgie. Ce domaine fait des progrès étonnants grâce à la progression de l’imagerie médicale. Mais la robotique comme outil supplémentaire va permettre à la neurochirurgie de débarquer dans une nouvelle ère, notamment avec les interventions de modulation cérébrale. »

Une plus grande sécurité

Pratiquement, le robot neurochirurgien Rosa n’agit pas seul, mais est télécommandé. « Le robot intègre les données d’imagerie collectées. Le chirurgien reçoit par caméra la vision de son action. Mais il a surtout pu déterminer préalablement le “scénario” de son intervention, par exemple les zones qui sont absolument à préserver pour ne pas risquer de séquelles majeures. Un exemple ? Pour opérer l’hypophyse, où l’on peut passer via le nez, c’est l’imagerie qui nous indique où sont la carotide et le nerf optique, qu’il faut évidemment ne pas léser. Le robot nous interdit donc d’aller à ces endroits, ce qui limite les risques opératoires. Cela empêche le mauvais geste. Nous restons des êtres humains. » Lors d’une hémorragie soudaine, par exemple, il est difficile de ne pas sursauter, ce que ne fera pas le robot.

« Une opération chirugicale impose des heures de travail où il faut tenir des instruments parfois à bout de bras, ce qui entraîne un tremblement physiologique inévitable. Cela peut entraîner une diminution de la précision. Le robot, lui, gardera toujours la même précision », explique le professeur Nicolas Massager, chef de clinique en neurochirurgie stéréotaxique et radiochirurgie de l’hôpital Erasme,

Qu’est-ce qui empêcherait demain que le chirurgien élabore seulement le schéma de l’opération, laissant ensuite faire le robot ? « Aujourd’hui, ces instruments nous aident, demain, ils feront peut-être toute la partie manuelle, car les robots arriveront à faire des gestes plus fins, précis et donc plus sûrs. Dans le domaine de la radiochirurgie, un appareil comme le Gamma Knife avait, il y a 15 ans, une précision de 0,5 mm et nécessitait l’intervention humaine pour positionner le patient. Maintenant, c’est le robot qui procède et la précision a été améliorée par dix ! »

« Cela nous permettra de faire mieux et plus sûrement ce que nous pratiquons aujourd’hui, explique le professeur De Witte. Mais cette précision de positionnement nous ouvre aussi des perspectives de progrès étonnants dans les domaines de la stimulation cérébrale, de la neurochirurgie fonctionnelle et de la greffe de cellules dans le cerveau, qui reste une partie du corps en pleine découverte. »