Un scalpel gamma anticancer

SOUMOIS,FREDERIC

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Samedi 25 septembre 2010

Radiothérapie Les patients proviennent de la Belgique entière

Maïté n’a pas 30 ans. Elle a fait face avec courage à son cancer du sein, six chimios, des métastases aux poumons et aux os. Mais après quelques mois, des métastases apparaissent dans le cerveau. Impossible à opérer par la chirurgie.

Stéphanie découvre son cancer alors qu’elle est enceinte de six mois. Sa tumeur est venue se loger entre l’hypophyse et l’hypothalamus, créant un trouble visuel permanent que son médecin a d’abord attribué à un phénomène passager lié à la grossesse, avant que scanner et IRM ne permettent un diagnostic plus exact.

Ces deux patientes qui, aujourd’hui, témoignent avec courage, ont vu leur état de santé très largement influencé par le traitement du centre de radiochirurgie de l’Hôpital Erasme qui utilise un appareil baptisé « Gamma Knife », littéralement « scalpel gamma » en français. Dans le bon sens : la technologie de cet appareil, dont une nouvelle génération a été installée vendredi dans les locaux d’hôpital, a permis, chez Maïté, de gommer sa série de seize métastases au cerveau. « Sans cela, c’était le risque de lourds déficits moteurs quand les tumeurs allaient atteindre des centres fonctionnels », explique le professeur Nicolas Massager, chef de la clinique de neurochirurgie stéréotaxique et fonctionne. Maïté n’ignore pas la gravité de sa maladie. Mais, aujourd’hui, elle sourit, s’est habillée en fête, pour que rien ne paraisse : « Certaines personnes ne veulent pas croire que je suis malade. Il faut dire que, exceptionnellement, j’ai conservé mes cheveux malgré la chimio. » Mais elle sait parfaitement que la moyenne de survie des patients dans son état est de quelques mois. Elle, elle tient depuis plus de deux ans.

Le « Gamma Knife », qui peut cibler un endroit à irradier au cobalt à près de 0,05 mm dans les trois dimensions, a libéré Stéphanie de sa « bête ». Pas sans séquelles. Mais elle refait des plans pour l’avenir et voit grandir sa petite fille. « L’indication majeure de ce type d’appareil est de parvenir à nécroser par irradiation des tumeurs impossibles à retirer par la chirurgie ou qui exposent le patient à perdre la vue ou l’audition, parce que les nerfs qui en sont responsables risquent d’être lésés par l’opération chirurgicale », explique le professeur Olivier De Witte, chef du service de neurochirurgie.

Une irradiation réduite

Méningiomes, schwannomes (tumeur nerveuse bénigne développée à partir des cellules de Schwann), neurinomes de l’acoustique, mais aussi métastases et gliomes sont donc adressés fréquemment à l’unité de l’ULB, qui dispose seule en Belgique d’un appareil apte à cette précision d’intervention : 0,05 mm pour le nouvel appareil, tandis que les appareils traditionnels travaillent avec un écart de 2 mm en moyenne. « Cela permet une forte diminution de l’irradiation du patient, mais aussi du personnel médical. Thyroïde et gonades sont ainsi exposées à des doses cent fois moindres qu’avec des appareils traditionnels », explique Nicolas Massager.

Techniquement, le patient doit avoir la tête fixée dans un cadre stéréotaxique via le casque qui lui est littéralement vissé dans la tête, mais sans douleur importante. 192 sources de cobalt émettrices de rayons gamma convergent toutes vers un point focal unique et c’est le patient qui est ensuite légèrement déplacé pour être très précisément irradié. Il n’est pas anesthésié et s’il vient à bouger, la machine stoppe instantanément l’opération. « La nouvelle génération d’appareil, entièrement automatisé, ne demande plus de retrait de la machine entre l’irradiation de deux métastases différentes. Une séance qui prenait quatre heures auparavant peut être ainsi ramenée à une heure et demie. De quoi amener plus de confort aux patients. » Plus de trois cents patients bénéficient chaque année de cette technologie, qui limite aussi la durée et les frais d’hospitalisation.