Un grand cœur de boxeur

NIZET,ADRIENNE

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Mercredi 7 avril 2010

Ancien champion de Belgique de boxe amateur, Nicolas Wieërs a créé le festival Balkan Trafik… après une rencontre dans un snack. Une histoire extraordinaire. Une aventure.

Balkan Trafik, finalement, c’est comme la boxe. Des tonnes d’énergie pour trois minutes sur le ring… » Nicolas Wieërs, créateur du festival, sait de quoi il parle : il a été deux fois champion de Belgique de boxe amateur.

« C’est ça qui m’a formé, physiquement et mentalement. C’est inscrit dans ma manière d’être, dit-il. Quand j’ai un objectif, je ne le lâche plus. » Et de le prouver avec la réussite de cet événement, créé par lui en 2007, à partir de rien.

Après des études à l’IAD, Nicolas Wieërs devient réalisateur pour Canal + Belgique, section sports.

« C’était sur la chaussée de Louvain, raconte-t-il, on travaillait souvent la nuit, on avait nos habitudes dans un snack. L’accent du patron m’intriguait. Il m’a expliqué qu’il était albanophone, du Kosovo. Pour moi, ça ne voulait rien dire, autant me parler de “Tintin et les Picaros”… Sur un set de table, il m’a montré où étaient le Kosovo, la Serbie, l’Albanie… Il m’a parlé de la guerre, je me gavais de ses infos. Quinze jours plus tard, je débarquais chez son frère Astrid, à Pristina. J’étais ébahi. Malgré la perte de proches, et bien que certains aient porté les armes, les jeunes que j’ai rencontrés voulaient aller de l’avant. Le pays était fracassé, les gens vivaient de la débrouille, mais ils avaient les mêmes envies que nous. »

La culture, c’est le moyen

De retour en Belgique, le réalisateur renonce à monter un « documentaire égoïste », comme il dit, avec les images tournées là-bas.

Il veut un autre projet, qui permette aux jeunes d’ici et aux jeunes des Balkans de se rencontrer, et d’abattre les préjugés. « Je voulais une confrontation. Le but de Balkan Trafik, c’est la rencontre. La culture, ce n’est que le moyen. Là-bas, la musique est omniprésente. C’est leur manière de vivre. Ici, pour la diaspora, c’est la madeleine de Proust, et pour le grand public, une fête. » Et donc le bon médium pour rassembler les gens. « Le terme Trafik n’a pas été choisi au hasard. On l’associe à la prostitution, au trafic de voitures… Mais ici, il est question de trafic de cultures ! »

Son projet sous le bras, Nicolas se met en quête d’un lieu qui pourrait accueillir l’événement. « A Bruxelles, on a vite fait le tour des lieux assez grands. Et j’envisageais, à regret, de disperser le festival entre plusieurs endroits quand Tony Van Der Eecken, responsable de la musique du monde à Bozar m’a appelé. Ayant entendu parler du projet, il était intéressé. Je lui dois Balkan Trafik, il m’a fait confiance… »

Dès sa première édition, le festival est un succès. Les suivantes profitent de l’effet boule de neige, la programmation s’améliore et les contacts avec la diaspora aussi. « Dès le début, on parlait toutes les langues dans les couloirs, explique Nicolas. Mais c’était surtout des expatriés. Pour cette édition, j’ai eu de vrais contacts, avec les communautés. Ça change tout. Des responsables culturels de tous les pays sont impliqués, ils savent que la programmation, c’est leurs stars à eux. Il n’y a pas de tête d’affiche, ça ne veut rien dire ici. Mon seul but, c’est de lier les communautés entre elles. Une fois que les gens sont ensemble, il est possible de communiquer, de dépasser les préjugés. Et je ne suis pas manichéen, il y a aussi des choses qui me répugnent dans les Balkans, comme partout. Mais on ne peut pas laisser les gens de côté parce qu’on ne les connaît pas. La minorité rom, par exemple. Elle est la seule communauté à n’avoir jamais fait la guerre à personne. Intéressant, non ? »

1994 Nicolas Wieërs débute au Boxing club « José Suarez », à Sombreffe. 1998 Il entre à l’IAD, section

1994 Nicolas Wieërs débute au Boxing club « José Suarez », à Sombreffe. 1998 Il entre à l’IAD, section télé-documentaire. 2000-2001 Diplômé de l’IAD. Champion de Belgique de boxe amateur pour la seconde fois.

2001 Débute comme réalisateur en télévision.

2003 Rencontre Ilir et Astrid Sefa puis de jeunes Kosovars. Point de départ de l’aventure Balkan Trafik. 2007 Première édition du festival.

2010 Du 8 au 11 avril, 4e édition de Balkan Trafik, avec le premier Balkan Film Day, le dimanche 11.