Un vaccin suisse contre le tabac

DU BRULLE,CHRISTIAN; AFP

Page 9

Mardi 17 mai 2005

Santé Premiers résultats très encourageants

CHRISTIAN DU BRULLE

Il y a du neuf sur le front de la lutte contre le tabagisme. Après les substituts nicotiniques, le bupropion (le fameux antidépresseur commercialisé sous le nom de Zyban) et l'accompagnement psychologique, une nouvelle arme pourrait bien être mise dans un avenir plus ou moins proche (pour un médicament) à la disposition de ceux qui ont décidé « d'arrêter ».

C'est un vaccin qui fait aujourd'hui parler de lui. Un vaccin expérimental anti-nicotine mis au point par des chercheurs suisses. Contrairement aux substituts nicotiniques, il ne s'agit pas ici de remplacer la nicotine par un autre produit mais bien d'empêcher la nicotine des cigarettes d'arriver sur les récepteurs présents dans le corps.

Le vaccin est basé sur le principe des bactériophages, des virus qui attaquent les bactéries. Les bactériophages contenus dans le vaccin s'attachent à la nicotine et la neutralisent avant qu'elle ne puisse atteindre et stimuler le cerveau, a précisé le Dr Jacques Cornuz, du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, lors du congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (Asco), qui s'est tenu ce week-end à Orlando, en Floride.

Et l'équipe médicale de détailler ses premiers résultats qualifiés d'encourageants. Près de 60 % des 341 fumeurs ayant participé à leur essai clinique et qui ont obtenu un niveau élevé d'anticorps neutralisant la nicotine après avoir eu des injections du vaccin, ont cessé de fumer pendant au moins six mois. Environ un tiers dans ce groupe, dont les niveaux d'anticorps étaient plus faibles, a aussi arrêté de fumer mais cette proportion est équivalente à ceux vaccinés avec un placebo. Sur l'ensemble du groupe, 239 n'ont pas utilisé de timbre ou de pâte à mâcher contenant des substances de remplacement de la nicotine pendant l'étude.

Une bonne nouvelle pour les fumeurs ? Sans aucun doute, même si le vaccin en question ne sera pas commercialisé au plus tôt avant 2010.

Mais d'ici là, il y a fort à parier que le débat médical autant qu'éthique occupe le devant de la scène, explique un tabacologue belge, certes impressionné par les chiffres avancés (60 % de succès) mais qui rappelle qu'il s'agit ici d'un suivi à six mois. Alors qu'habituellement, ce type d'étude porte sur un an minimum.

Et le médecin de rappeler que chez nous, le taux de succès à un an, chez les patients qui désirent arrêter de fumer, oscille entre 30 à 35 % tandis que le taux d'arrêt spontané (sans aide extérieure) est de 2 à 3 % à peine. (Avec AFP.)