UN VETERAN DE GUERRE POUR RECHERCHER LES GI'S TOUJOURS PORTES DISPARUS L'EX-PRISONNIER A SAIGON PREMIER AMBASSADEUR AMERICAIN..

AFP; ASSOCIATED PRESS

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Samedi 10 mai 1997

Un vétéran de guerre pour rechercher les GI's toujours portés disparus

L'ex-prisonnier à Saïgon

premier ambassadeur américain à Hanoi

Le lent processus de normalisation voulu par Bill Clinton s'est achevé ce vendredi.

Le premier ambassadeur des Etats-Unis au Vietnam depuis l'évacuation de Saïgon en 1975, Douglas Peterson, ancien prisonnier de guerre au Nord-Vietnam, est arrivé vendredi à Hanoi pour prendre ses fonctions.

Cette arrivée achève le lent processus de rétablissement des relations entre les Etats-Unis et le Vietnam, dont le départ avait été donné en 1994 par Bill Clinton, qui avait levé l'embargo commercial imposé à Hanoi avant d'établir des relations diplomatiques avec la république socialiste l'année suivante.

Elle intervient 22 ans et 11 jours après la fuite de l'ambassadeur américain au Sud-Vietnam, Graham Martin, lors de la chute de Saïgon prise par les troupes communistes en 1975. Graham Martin avait roulé le drapeau US sous son bras et grimpé sur le toit de l'ambassade pour être évacué par hélicoptère.

De façon symbolique, le nouvel ambassadeur américain, 62 ans, est un vétéran de la guerre du Vietnam. En 1966, son bombardier avait été abattu par un missile anti-aérien près de Hanoi et il avait été fait prisonnier. Il ne devait être libéré qu'en 1973.

LE DOSSIER DES «MIA»

C'est le début d'une ère nouvelle pour des relations constructives, c'est un jour très spécial pour les Etats-Unis et le Vietnam, a déclaré l'ambassadeur devant une centaine de membres de la communauté américaine à Hanoi et journalistes venus l'accueillir. Ma mission est de faire progresser les intérêts américains et notre première priorité nationale est d'obtenir un décompte le plus complet possible sur les personnes portées disparues pendant la guerre, a-t-il ajouté en référence aux quelque 1.600 «MIA» (missing in action) toujours portés manquants depuis la guerre.

Le sort de ces GI reste un sujet douloureux aux Etats-Unis, puissance encore mal remise du traumatisme de sa plus cuisante défaite, et a été abondamment utilisé par une partie du Congrès qui avait mal perçu la volonté de Bill Clinton de normaliser les relations avec Hanoi.

Or, vu du Vietnam - un pays qui par comparaison «revendique» depuis la guerre 300.000 MIA - les recherches conjointes des restes des GI, entamées en 1988, semblent se dérouler dans le meilleur esprit de coopération possible.

En l'occurrence, il s'agit parfois 25 ou 30 ans après, de retrouver des ossements, des éléments de dentition ou des parties d'uniformes de GI après avoir passé au tamis des mètres cubes de terre dans des zones reculées et sur la base de témoignages de villageois dont la mémoire vacille.

Parmi les MIA figurent quelque 500 pilotes dont les appareils se sont abîmés en mer et pour lesquels tout espoir est nul. Nous estimons que le décompte ne descendra jamais à zéro, avait dit un responsable américain des recherches conjointes.

Les Etats-Unis mettent des moyens considérables dans ces recherches, environ 11 millions de dollars par an, et quand toutes les possibilités auront été épuisées, il seront bien obligés de se résigner, explique un diplomate occidental, qui ajoute je n'ai pas vu de conflit qui se solde par zéro disparu.

Ancien prisonnier de guerre, M. Peterson est l'homme de la situation pour mettre l'accent sur les recherches des MIA. Il a apporté l'un des plus fermes soutiens à la décision de Bill Clinton de normaliser les relations avec Hanoi. Pour tourner la page. Dans sa déclaration à l'aéroport, il a aussi évoqué le souci de faire avancer les relations dans de nombreux domaines, notamment celui de l'économie, avec un traité commercial complet. (AFP et AP.)