UN ZINGUEUR FLAMAND SOUS PAVILLON WALLON OFFRIR AU GROUPE UNE POSITION DOMINANTE

BERNS,DOMINIQUE

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Vendredi 5 avril 1996

ENTREPRISES

UN ZINGUEUR FLAMAND

SOUS PAVILLON WALLON

Galva Power combat la rouille. Un métier plein d'avenir ?

La rouille est notre plus grand concurrent ! Patrick De Maeyer, qui tient depuis novembre les rênes de Galva Power, le leader belge de la galvanisation à chaud, déborde d'enthousiasme : il suffit de quelques dizaines de kilos de zinc pour protéger de la corrosion une tonne d'acier pendant 15 à 30 ans : poignées de porte, mobilier urbain, structures métalliques,... C'est un procédé plus que centenaire, mais qui a de l'avenir. D'autant qu'on ne «zingue» en Europe que 5 % de l'acier produit. Et puis, même si de grands sidérurgistes comme Cockerill possèdent leur propre chaîne de galvanisation en continu, le zinguage à chaud est considéré comme la technique la plus efficace.

C'est donc sans remords que Patrick de Maeyer a quitté, à l'automne passé, le groupe suédois Trelleborg - pour compte duquel il a notamment remis sur les rails Saint-Roch Couvin et Cuivre et Zinc, deux «mauvais élèves» rachetés à la Société Générale de Belgique. Chez Galva, le défi est différent : la stratégie est bonne. Fort de ses six unités de production (Anvers, Overpelt, Dendermonde, Gent, Ypres et Charleroi), le groupe contrôle plus de 50 % du marché national de la galvanisation à chaud et est bien implanté, via Zinc Power France, au sud de l'Hexagone. En outre, il n'y a pas de problème de rentabilité. Mon rôle, dit-il, est simplement de favoriser la croissance du groupe.

UN ANCRAGE 100 % BELGE

Il y a deux ans, pourtant, la société, qui s'appelait alors Zinc Power, était menacée par l'effondrement de l'empire des frères Bleyen - les «Tapie flamands» -, dont elle constituait l'un des piliers. Diversifications malheureuses, fausses factures et détournement d'actifs au détriment de Zinc Power Holding, la jeune génération Bleyen avait joué gros... Et perdu.

Les actionnaires minoritaires du groupe de zinguage - notamment la Gimv (socété régionale d'investissement flamande) et Parnib (émanation de la Nerderlandse Investeringsbank) - cherchaient désespérément un « chevalier blanc». Ce sera Carmeuse, groupe familial wallon dirigé par Dominique Collinet, le patron de l'Union wallonne des entreprises, et spécialisé dans l'extraction et la production de pierres calcaires et de chaux. En juin dernier, Galva Power Holding - dont Carmeuse détient 60 % du capital et Vredezicht XXVI (la Gimv et NIB), 22 % - reprend ainsi les activités de Zinc Power, dont sa participation de 69 % dans Zinc Power France, ainsi que le passif connu, un «trou» de 300 à 350 millions de francs.

Carmeuse évolue dans un secteur «mûr». Nous avions donc un intérêt potentiel pour des participations dans d'autres secteurs, explique Yves Willems, directeur financier de Carmeuse. Pourquoi la galvanisation ? La stratégie industrielle de Zinc Power était bonne. Et l'entreprise, rentable. Mieux, les résultats 1995 ont dépassé nos espérances. L'année passée, Galva a en effet dégagé un bénéfice net courant hors impôts de 125 millions de francs, pour un chiffre d'affaires de 1,52 milliard. Et le cash flow brut atteignait, au 31 décembre, 238 millions, soit 17 % des ventes. C'est plus que nous pensions.

Si Dominique Collinet devient tout naturellement l'administrateur-délégué de Galva Power, la présidence du conseil d'administration revient à une personalité flamande, Norbert Joris, ancien président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) et qui dirige son propre groupe Etap (voiliers insubmersibles, appareils d'éclairage). Dominique Collinet était mon vice-président wallon à la FEB. Nous avons appris à nous apprécier. C'est ainsi que Carmeuse m'a demandé de prendre la présidence de Galva, pour mon expérience et... pour le drapeau flamand, commente-t-il en souriant, ajoutant : Galva est 100 % fédéral, un ancrage typiquement belge.

DOMINIQUE BERNS

« Offrir au groupe

une position dominante»

Si le métier est à la veille d'un profond bouleversement, Galva Power entend bien s'affirmer comme un acteur important sur l'échiquier européen. Patrick De Maeyer l'affirme haut et fort. La galvanisation à chaud reste une activité plutôt artisanale, dominée par une multitude de petites entreprises familiales. Mais l'existence de sur-capacités imposera un mouvement de concentration au niveau européen. Une certaine taille est donc nécessaire pour disposer des ressources suffisantes et faire jouer les économies d'échelle. En outre, nous évoluons dans un secteur mûr, dont la croissance est faible, voire pratiquement nulle. En termes de marketing, on parle de produit en «phase 4». Il n'y a donc pas d'alternative : il faut se constituer une position dominante pour pouvoir structurer le marché et avoir un impact sur la formation des prix.

Premier axe de la stratégie : investir. D'abord à Overpelt, chez Galva Oost, où 180 millions seront injectés cette année, non pour accroître les capacités de production, mais pour abaisser le prix de revient. Ensuite à Anvers (Schoten) : une centaine de millions seront investis fin 96 - début 97 pour moderniser l'Antwerpse Verzinkerij. Pour autant, le groupe ne prévoit pas de nouvelles embauches mais, plus modestement, une stabilisation des effectifs (300 personnes en Belgique, 150 en France).

Deuxième axe : la croissance externe, donc par aquisitions. Nous avons quelques contacts en Belgique. Mais le marché est déjà bien couvert. Il faut donc chercher ailleurs les opportunités de développement. Au sud de l'Europe - en Espagne, au Portugal, en Italie, voire même en France -, la «consommation par habitant» est encore inférieure à la moyenne européenne (11 kg d'acier sont galvanisés par habitant et par an). Nous avons deux projets dans cette partie du continent qui devraient arriver à leur terme d'ici quelques mois, confie Patrick De Maeyer.

Troisième axe : séduire un plus grand nombre d'utilisateurs potentiels, notamment en offrant un «produit» plus sophistiqué. Si l'on parvient à combiner galvanisation et peinture, on pourrait doubler la protection du métal. Et offrir un «plus» esthétique, le métal galvanisé ne pouvant être peint. Si la technique n'est pas encore au point, la nouvelle direction de Galva Power n'entend pas baisser les bras. Dans notre métier, il faut être pro-actif, conclut Patrick De Maeyer.

D.B.