UNE ALLIANCE POUR LA REVOLUTION D'OCTOBRE?

DEBLANDER,BRUNO; LAMBERT,EDDY; LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

Page 22

Jeudi 3 octobre 1996

Une alliance pour la révolution d'octobre ?

D'ici à la mi-octobre, les télévisions vont rivaliser pour obtenir les droits de notre championnat de Belgique.

RTL-TVi et VTM sont en pole position.

UN DOSSIER

de Bruno Deblander,

Eddy Lambert

et Jean-François Lauwens

Depuis une semaine, les coulisses du football sont donc en proie à une agitation considérable. L'annonce de l'offre énorme faite par Sport 7, pour l'achat des droits du championnat de Belgique à partir de la saison 1998-1999, a rappelé l'enjeu considérable que constituait cette compétition pour les télévisions.

Actuellement, celles-ci se taisent. De RTL-TVi à VTM, en passant par la RTBF et Endemol, la maison-mère de Sport 7, l'heure est au silence. Les Pas de commentaire répondent aux Geen kommentaar dans les états-majors de l'audiovisuel. Jusqu'au 15 octobre, date à laquelle les offres devront être remises à l'Union belge, les négociations discrètes priment les déclarations intempestives.

Quelques tendances, pourtant, se dégagent. L'une veut que la position de la RTBF ne soit pas forcément facile. Objectivement, celle-ci va éprouver des difficultés pour s'aligner sur les tarifs bientôt en vigueur. Les 100 millions payés en mai 1994 avaient déjà constitué un débours important pour une institution contrainte, aujourd'hui encore, aux économies. D'ailleurs, sa perte de pouvoir en la matière s'inscrirait dans une évolution presque inéluctable. Au vu de l'inflation des coûts en matière de retransmissions sportives, les télévisions de service public capitulent face aux chaînes privées. La RTBF n'est-elle pas la seule, ou presque, parmi celles-ci à avoir pu conserver, jus-qu'ici-, dans son giron, le football, le cyclisme, la Formule 1 et les Jeux olympiques ? Cette situation n'est pas éternelle...

Cette mutation est d'autant moins évitable que l'offre de 1,35 milliard faite par Sport 7, pour le championnat de Belgique, a fait grimper les enchères. Apparaissant, aux yeux de certains, comme purement stratégique, cet intérêt des Néerlandais pour notre compétition nationale n'est, de surcroît, pas le fait d'un seul groupe. On dit, à présent, qu'une autre chaîne étrangère de télévision, allemande, suisse ou autrichienne, s'est fort souciée des rencontres qu'Anderlecht, Lommel ou Charleroi disputaient chaque semaine.

UN FOOTBALL AUX ABOIS

Ce peut être, bien sûr, de l'intox. Le football belge est, à présent, suffisamment aux abois, sportivement et financièrement, pour recourir à des ficelles qui obligent ses courtisans à se découvrir et à ouvrir les cordons de leur bourse.

En la circonstance, c'est, peut-être, bien vu. Dans la foulée du milliard annoncé en provenance des Pays-Bas, d'autres chiffres ont été cités. On a ainsi parlé des 750 millions émanant de RTL-TVi. En juin 1994, cette télévision avait, rappelons-le, été bien près de décrocher, déjà, les droits sur le championnat de Belgique.

Or, on évoque à présent une offre commune de RTL-TVi, précisément, et de VTM, laquelle serait en parfaite adéquation avec le milliard proposé par Sport 7. Cette alliance, objective eu égard aux collaborations existant quotidiennement entre ces deux chaînes, est probablement très opportune.

RTL-TVi et VTM sont les télévisions qui, en audience, sont les premières dans leurs Communautés respectives. Elles sont, par conséquent, susceptibles d'offrir au football une tribune appréciable. Mais cet argument n'est pas le seul qui crédibilise cette double candidature.

DE LA FIN DES ACCORDS

TVB SUR UN COMPORTEMENT

La fin récente des accords TVB a accru la concurrence entre RTL-TVi et la RTBF. Ces accords prévoyaient une clé de répartition des recettes publicitaires qui avantageait l'avenue Ariane. Privée de certains revenus, RTL-TVi a aujourd'hui, plus que jamais, le devoir de raisonner en termes d'audience, celle-ci déterminant les tarifs de la publicité. Partant du principe que le football est une des meilleures façons de réunir un très grand nombre de téléspectateurs derrière un petit écran, une dépense, même peu raisonnable, se justifie.

Enfin, on rappellera que RTL-TVi est contrôlé par la CLT, un holding d'importance européenne, sans doute soucieux de pénétrer le monde du football où il n'a fait, jusqu'ici, que d'éphémères apparitions.

Ce raisonnement, bien sûr, est une pure vue de l'esprit. Un autre voudrait que les adversaires aujourd'hui en présence s'associent pour répondre à la demande de l'Union belge, laquelle, rappelons-le, souhaite obtenir 800 millions au moins en réattribuant les droits du championnat de football.

Enfin, dans un paysage audiovisuel et sportif en pleine révolution d'octobre, il est un projet de décret qui, en Communauté flamande, voudrait garantir un libre accès à l'information. Tout prêt à faire école, ce projet ne peut être ignoré quand les uns ou les autres veulent se doter d'un accès privilégié à l'information...

TVi se redécouvre un intérêt pour le ballon rond

Entre les filiales de la CLT et le football, les relations n'ont jamais été au beau fixe. Or, comme tous les géants de l'audiovisuel européen, de Murdoch à Canal + en passant par Kirch et Bertelsmann, la CLT connaît l'importance du football dans la guerre des médias. La CLT est, rappelons-le, contrôlée par Albert Frère via GBL (Groupe Bruxelles Lambert) et Electrafina, récemment «enrichie» par la vente de ses parts dans Tractebel.

Ni en France, ni en Allemagne, ni aux Pays-Bas, la CLT n'a pu toucher de près au «ballon magique». En France, les contrats du foot sont verrouillés par TF 1 et Canal +. M6 n'a aucune visée sur le foot mais le fait est que la CLT est présente sur le bouquet numérique TVS conçu avec TF 1 et France Télévision entre autres, c'est-à-dire le projet qui a perdu le football au profit de CanalSatellite détenu par Canal +. En Allemagne, c'est Kirch qui, après la parenthèse RTL +, détient les droits du football malgré la fusion entre CLT et UFA, la filiale télévisuelle de Bertelsmann.

Régulièrement, en Belgique, RTL-TVi a tenté de monter dans le train en marche. Il y a 4 ans, RTL-TVi avait été écarté en raison de la condition posée par l'Union belge, à savoir l'exclusivité dont devrait jouir celui qui raflerait la mise dans chaque Communauté. L'offre de la RTBF avait fait la différence.

RTL-TVi a également payé cher la diffusion de rencontres européennes du FC Malinois ou plus récemment du RWDM. On a cité un chiffre de 4 à 7 millions sortis des poches de RTL-TVi pour la retransmission du match RWDM-Besiktas. Les montants déboursés actuellement par TVi en direction de la RTBF (40.000 F la minute de football) excèdent les dirigeants de l'avenue Ariane, qui estiment ces sommes largement exagérées.

Ces derniers temps, les patrons de RTL-TVi semblent, à l'image de ce qui s'est passé dans le cas RWDM-Besiktas, avoir retrouvé quelque intérêt dans le football. Dans les couloirs de la chaîne privée, on explique ce regain d'intérêt par la disparition, depuis mardi, de la régie publicitaire commune TVB qui imposait une clé de répartition des recettes publicitaires (25 % pour la RTBF, 75 % pour RTL-TVi). Entrée désormais dans une période de concurrence totale avec la RTBF, RTL-TVi a évidemment tout intérêt à se tourner vers les mannes publicitaires déversées par le football.

Mais l'on reste au stade des hypothèses...

Le décret flamand qui fait peur au foot belge

Les parlementaires flamands n'ont pas leur pareil pour anticiper les grands changements de société qui touchent le sport dans son ensemble. Et, par la même occasion, pour rendre fous les services juridiques de l'Union belge.

On connaît déjà le décret flamand du 3 juillet dernier. Celui-ci entrera en vigueur le 1er janvier 1997. Pour rappel, ce décret libère purement et simplement tous les sportifs «non professionnels» de Flandre. Ce qui signifie qu'un joueur peut quitter chaque année son club pour un autre sans la moindre compensation. Les dirigeants du foot belge espère faire modifier le contenu du décret et contestent surtout la définition de « sportif non professionnel», qu'ils estiment toucher un trop grand nombre de pratiquants en raison du niveau de rémunération à partir duquel le pratiquant est considéré comme non professionnel.

L'Union belge a rencontré la semaine dernière Luc Martens, le ministre flamand chargé des Sports. D'autres discussions semblent indispensables avec la Communauté française. Toujours est-il que ce décret a amené l'Union belge à retirer son projet concernant les transferts amateurs. La Commission juridique planche actuellement sur un nouveau texte et ses conclusions devraient être connues dans les prochaines semaines.

Après l'ouragan Bosman, c'est donc aujourd'hui la tornade «droits TV» qui affole le foot belge. Là aussi, le Parlement flamand étudie actuellement un texte qui pourrait révolutionner les choses. L'ancien journaliste de la BRTN Tuur Van Wallendael (SP) et Carl De Caluwé (CVP) ont déposé un projet de décret allant dans le sens d'une liberté d'accès à l'information.

Les deux auteurs du texte ont demandé au Conseil d'Etat d'accélérer le mouvement après l'annonce de la réouverture de la discussion sur les droits TV mais le sujet doit également être abordé en commission de la Justice du Parlement fédéral.

Cette proposition de décret prévoit l'accès gratuit de toutes les chaînes non payantes à 3 minutes d'images de tous les événements. Cela ne concerne pas que le football ou le sport mais bien toutes les activités, y compris un concert de Helmut Lotti au casino de Middelkerke ou un ballet à la salle Reine-Elisabeth d'Anvers.

Ce décret flamand permettrait à la BRTN de diffuser à nouveau des images de football mais vaut aussi pour les stations régionales évidemment. L'effet pervers, selon les patrons du foot belge, est que l'accès de 3 minutes à chacun des 9 matches de D. 1 permettrait à chaque télévision d'établir une émission sportive de longue durée. Le président de l'Union belge Michel D'Hooghe a affirmé que ce texte équivalait à un arrêt de mort des droits de TV en Belgique.

Dans la partie francophone du pays, RTL-TVi paie à la RTBF l'utilisation de ses images (pas avant le dimanche soir) à raison de 40.000 F la minute. Le décret, qui ne concernerait évidemment que la Flandre, pourrait considérablement modifier la donne. Récemment, d'ailleurs, le Parlement européen avait d'ailleurs été dans le même sens.