Une année infernale pour l’Eglise

GUTIERREZ,RICARDO

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Jeudi 30 décembre 2010

Les catholiques belges craignaient l’effet de l’arrivée d’André Léonard à la tête de l’archevêché. Mais ce sont les crimes sexuels commis sous l’autorité de ses prédécesseurs qui ont marqué 2010.

Comme un cercle infernal !… De la démission de l’évêque incestueux de Bruges, Roger Vangheluwe, le 24 avril, aux aveux du chanoine François Houtart, dans Le Soir du 29 décembre (lire les réactions, en page 5), l’Eglise catholique de Belgique aura vécu une année noire.

Tout avait d’ailleurs « mal commencé », aux yeux de nombre de catholiques, avec l’accession d’André Léonard au rang d’archevêque de Malines-Bruxelles. A peine installé sur son trône archiépiscopal, en janvier, un sondage commandé par Le Soir lui apprenait que moins d’un catholique sur cinq le plébiscitait.

La frange « progressiste » de l’Eglise, derrière l’abbé Gabriel Ringlet, annonçait le pire : Léonard allait diviser, là où son prédécesseur, « l’extrême-centriste » Godfried Danneels, avait œuvré au rassemblement, pendant plus de trente ans.

Volontiers provocateur, amateur de propos aussi carrés que tranchants, le nouvel archevêque n’aura pas focalisé l’attention… D’autres affaires, moins reluisantes, allaient occuper la une.

La chute de l’évêque incestueux

Le 23 avril, le Royaume, estomaqué, apprenait la démission de l’évêque de Bruges. Qui contrairement à d’autres évêques démissionnaires, ne renonçait pas à sa charge pour avoir couvert des abus sexuels commis par des prêtres de son diocèse, mais bien pour en avoir été lui-même l’auteur. Pendant des années, avant d’être évêque, et même après, Roger Vangheluwe a sexuellement abusé de son neveu, Marc. Le prélat a renoncé à sa charge, mais il attend toujours son procès canonique, seule sanction possible, comme dans bien d’autres cas, les faits étant généralement couverts par la prescription, au regard de la Justice des hommes.

L’ostensoir est à terre. Des centaines de victimes livrent leurs récits à la commission indépendante instaurée par l’Eglise, pour traiter les abus sexuels commis par les prêtres et les religieux. En quelques semaines, 475 dossiers remplissent les armoires de la commission Adriaenssens.

On ne parlera plus, ou presque plus, que des crimes sexuels perpétrés par ces hommes d’Eglise… « Ces affaires ont contribué à faire de 2010 une année extrêmement sombre pour l’Eglise, reconnaît le père jésuite Tommy Scholtès. Des prêtres et même un évêque ont commis ces crimes : l’Eglise est concernée, mais elle n’est pas coupable. Et il n’est pas normal que ces drames, aussi graves soient-ils, aient occulté toute autre facette de la vie de l’Eglise. »

Des chrétiens sereins

De fait, la communauté catholique de Belgique n’est certainement pas à feu et à sang. Dans les hautes sphères, quelques intellectuels (Gabriel Ringlel, Pierre Piccinin…) s’invectivent. Dans les marges, des cathos en rupture confirment leur prise de distance en se débaptisant… Quelque 1.500 demandes, cette année, pour plus de 7 millions de baptisés. Mais dans les communautés chrétiennes de base, dans les paroisses, la vie spirituelle suit son cours.

Jésus crise, notre grande enquête sur les catholiques, l’a montré, début 2010 : les chrétiens savent faire la distinction (et heureusement pour eux) entre leur foi, la spiritualité qu’ils vivent au quotidien, et l’institution ecclésiale, les travers de certains de ses représentants, et même la doctrine vaticane. Ainsi, en matière de mœurs, le pape Benoît XVI prêche dans le désert : à peine 1 % des catholiques du Royaume suivent son prescrit à la lettre… Près d’un catholique belge sur deux (48 %) admet ne « jamais » suivre ses recommandations, en termes de morale sexuelle. Et 90 % d’entre eux s’avouent favorables aux méthodes contraceptives, interdites par le Vatican, depuis l’encyclique de 1968 sur la régulation des naissances.

Reste qu’à force de se distancier de son peuple, l’Eglise institutionnelle risque bien de perdre le peu de crédit qui lui reste.