UNE CAROLO-LIEGEOISE DE CARACTERE

ZONEMBERG,FRANCOISE

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Vendredi 23 août 1991

Une carolo-liégeoise de caractère

Avec Graphing-Grafossart, le secteur de l'imprimerie se dote d'un souffle nouveau à Charleroi. L'économie régionale aussi. 1,15 milliard investi au coeur du zoning industriel d'Heppignies: comment mieux symboliser le renouveau d'un pays qui refuse désormais de se parer aux couleurs du deuil. Outil à la pointe du progrès, architecture futuriste, décor design: Graphing-Grafossart vit résolument dans son temps. Voire avant. Classiquement, les chefs d'entreprise estiment gagner de l'argent quand le matériel est amorti. Chez Graphing-Grafossart, on pense exactement le contraire. Les rotatives sont remplacées tous les cinq ans. Le matériel cédé s'il n'est plus au top niveau des progrès techniques est cependant toujours très performant et peut donc être vendu à très bon prix. Les avantages publics à l'investissement comblant la différence entre le prix de revente et celui de l'ancien matériel, l'entreprise se maintient en permanence au meilleur niveau technique. Conséquence: une qualité de travail à un prix concurrentiel qui a séduit les plus grands noms. Inno, Mestagh, la Générale de Banque, Buygues et dernier fleuron décroché, Vogue, figurent ainsi parmi les clients de Graphing-Grafossart.

Poussant récemment le bouchon un peu plus loin, les deux managers de la société ont décidé de doter leur nouveau matériel de nouveaux murs. Un coup de coeur mûrement réfléchi. Car si l'investissement paraît pour le moins osé au regard du chiffre d'affaires (1,6 milliard) et du capital de la société (800 millions), Michel Hocquet et Henri Chapelle ont fait leurs comptes. La nouvelle unité devrait permettre de réaliser un chiffre d'affaires de 2 milliards tandis que les effectifs (200 personnes) ne seront augmentés que d'une vingtaine d'unités. Avantage supplémentaire des installations d'Heppignies: la suppression des incessantes navettes entre Liège et Charleroi. Comme l'indique le nom composé de la société, celle-ci est en effet issue du rapprochement entre deux imprimeries. C'est dans la première, une petite entreprise traditionnelle du secteur occupant à Jumet une dizaine de personnes, que les patrons de Graphing-Grafossart se sont connus. C'était en 1962 et l'entreprise vivotait, doucement engluée dans ses problèmes de gestion. Les futurs Dupont de l'imprimerie carolorégienne vont lui donner un souffle nouveau ainsi qu'à Grafossart, une entreprise de la région liégeoise reprise en 1970 alors qu'elle se trouvait au bord de la faillite. Le mariage des deux unités intervient en 1988 lorsque la liégeoise et la carolorégienne sont réunies au sein d'une même société anonyme: Graphing-Grafossart. Avec la nouvelle implantation d'Heppignies, l'union est consommée puisque désormais les 100 kilomètres séparant travailleurs liégeois et carolos sont devenus... 75 mètres de couloir.

FRANÇOISE ZONENBERG

Michel

Hocquet

La cinquantaine coulée dans des jean's (haut de gamme...) Michel Hocquet s'efforce d'imposer un style à son entreprise. Les employées? Toutes ses chéries. Mais attention, on garde les distances. Le patron reste le chef. Veillant au grain à ce que la qualité totale pénètre le moindre recoin de Graphing Grafossart. Priorité N° 1 pour ce «self made manager» dont la vie romanesque s'est construite autour de mille et un métiers: l'ordre. Mais après les enfants. En réaction à une jeunesse assumée sans père ni mère, il entend vivre au plus près de sa progéniture. Seule solution dès lors quand on travaille 16 h par jour: mêler intimement vies familiale et professionnelle.