Une course à la présidence qui se cherche des candidats
ROZEN,MARC; LABAKI,MAROUN; MARTIN,PASCAL
Page 14
Vendredi 22 février 2008
En 2009, l’Europe aura un président. Les Vingt-Sept ont en effet décidé de créer une fonction de président
Si le Traité de Lisbonne entre en vigueur le 1er juillet 2009, après les élections européennes, ces trois nominations feront partie d’un même « paquet ». « Ce serait la solution qu’impose la logique politique », selon l’eurodéputé français (PPE) Alain Lamassoure. En fonction du résultat du scrutin européen, et des rapports de forces au Conseil (Berlusconi ou Veltroni ? Zapatero ou Rajoy ? Brown ou Cameron ?), les chefs d’Etat ou de gouvernement, et les états-majors des grandes familles politiques, distribueront les postes. Equilibres politiques, équilibres Nord-Sud, « petits »-« grands », « anciens »-« nouveaux » : tout sera soupesé.
Mais si le Traité de Lisbonne entre en vigueur dès le 1er janvier 2009, le « paquet » sera forcément plus difficile à ficeler. Avec les mêmes contraintes, il conviendra d’anticiper.
Les conservateurs du PPE sont actuellement en position de force. Ils souhaiteront vraisemblablement prolonger le Portugais José Manuel Barroso, l’un des leurs, à la tête de la Commission. Peuvent-ils en même temps prétendre à la présidence du Conseil, pour laquelle ils ont un très bon candidat en la personne du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker ? Devront-ils faire un choix cornélien entre l’un et l’autre ? Interrogé, Wilfried Martens, le président du PPE, refuse même d’aborder la question !
Officiellement, les PPE estiment qu’ils sont en droit de revendiquer les deux postes. Ils font même valoir que la présidence du Parlement doit être considérée comme une quatrième fonction, et que, dès lors, ils ne se montreraient pas trop gourmands à en viser deux.
« Présidence de la Commission et présidence du Conseil pour le PPE ? A nos yeux, ce n’est pas du tout acceptable. Ils ne peuvent pas tout avoir ! », nous déclare Philippe Busquin, le chef de file des socialistes belges francophones au Parlement européen.
Nicolas Sarkozy a eu une idée géniale pour mettre les socialistes dans l’embarras : il a avancé, en même temps que le nom de Jean-Claude Juncker, celui de Tony Blair, un… travailliste ! Avec l’ancien Premier ministre britannique à la présidence du Conseil européen, l’équilibre politique serait, en effet, assuré. Cette idée a provoqué un tollé. Une pétition a même vu le jour sur internet pour la combattre. Bien sûr, Tony Blair a du leadership et de l’expérience. Bien sûr, il jouit d’une notoriété sans pareille. Bien sûr, il offre une « belle gueule » pour incarner l’Europe. Mais il a scrupuleusement veillé, dix années durant, à maintenir son pays hors des « solidarités européennes », comme le dit élégamment Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes. Tony Blair a aussi – et ce n’est pas rien – fait la guerre d’Irak aux côtés de George W. Bush.
Angela Merkel est contre. Tony Blair est donc mal parti, même si les capitales ne disposent pas d’un droit de veto formel sur cette désignation.
Et les socialistes sont bien embarrassés ! « Tony Blair a eu des idées très intéressantes, mais il est plus proche des Américains que des Européens », résume l’eurodéputé socialiste autrichien Hannes Swoboda. D’autant qu’ils éprouvent de claires difficultés à aligner des noms ! Un dirigeant socialiste d’envergure et disponible sans délai pour la présidence du Conseil ? Sans joie, Philippe Busquin énumère : « Prodi ? Il est fini. Strauss-Kahn ? Il est parti. Zapatero ? Il doit gagner ses élections. En remontant le temps, il y a Antonio Guterrez ou Felipe Gonzalez… »
Mais que fera au juste ce nouveau président ? Aura-t-il 20 ou 300 collaborateurs ? Comment va-t-il s’insérer dans l’équilibre institutionnel européen ? Nul ne le sait encore. Les représentants permanents des Vingt-Sept à Bruxelles ont entrepris de compléter la description de fonction – dans la plus grande discrétion : il ne faudrait pas faire des vagues et compromettre, à Londres ou Dublin, la ratification du Traité de Lisbonne.
Pour Guy Verhofstadt, « nous n’avons pas besoin d’un nouvel Elysée ! » L’eurodéputée écologiste italienne Monica Frassoni va plus loin : « Le président du Conseil doit être le moins influent possible ». Philippe Busquin précise : « Il faut que le président de la Commission soit le plus fort ».
P.20 L’édito
Tony Blair : il y a loin de la parole aux actes
Selon cet expert, la guerre en Irak et l’alignement de Blair sur l’administration Bush, l’autoexclusion du Royaume-Uni de la zone euro et de l’espace Schengen, l’affaiblissement du président français Nicolas Sarkozy, la prudence de la chancelière allemande Angela Merkel et l’hostilité de la gauche européenne vont jouer contre lui. Enfin, l’hostilité des petits pays, en particulier la Belgique, deux fois écartée de la présidence de la Commission par Londres, ou de l’Espagne (Gibraltar), pourrait éliminer l’ancien Premier ministre britannique, aux affaires entre 1997 et 2007.
Tony Blair parle très bien le français, avec un léger accent et quelques erreurs lexicales dues au manque de pratique. Il a même enseigné la langue de Voltaire à des cadres américains de l’assurance, à Londres avant d’entamer son stage d’avocat. Il a été barman dans un hôtel parisien. Avant d’entrer à Downing Street, sa famille passait la plupart de ses vacances dans le sud de la France et en Toscane. « Tony » apprécie le champagne et les vins de l’Hexagone, même s’il préfère la nourriture italienne, en particulier les antipasti misto et les pâtes à la sauce pesto.
Pourtant, le tropisme proeuropéen du Premier ministre masque une détermination d’autant plus redoutable et puissante qu’elle est sereine quand il s’agit de défendre les intérêts de son pays. En dix ans de pouvoir pleinement exercé, ses partenaires ont pu éprouver plus d’une fois la capacité de séduction et de fermeté alternées du député de Sedgefield.
Est-il vraiment proeuropéen ? « Blair a voté pour le “oui” au référendum de 1975. A l’instar de sa génération issue de la bonne classe moyenne, il a toujours été favorable à la construction européenne. Mais ce n’est pas un idéaliste comme Edward Heath. C’est un réaliste au nom d’une certaine idée de la Grande-Bretagne », répond le journaliste John Rentoul, auteur de la meilleure biographie de l’hôte de Downing Street. A l’écouter, Tony Blair a été le plus proeuropéen des chefs de gouvernement de Sa Majesté depuis le conservateur Ted Heath (1970-74), qui avait signé l’acte d’adhésion au Marché commun.
Souvenez-vous ! Quand Blair franchit les portes de Number Ten, son pays est complètement isolé en Europe. Le royaume traverse la crise de la « vache folle »… Dix ans plus tard, le Royaume-Uni est redevenu un acteur de premier plan. Tony Blair peut se targuer d’avoir lancé la politique de défense, l’Agenda de Lisbonne, celui d’Hampton Court sur l’énergie, scellé le budget 2007-2013, et mené à bien l’élargissement, une priorité britannique.
Le 27 juin 2007, il a laissé sa place à Gordon Brown, connu pour sa méfiance envers Bruxelles et ses institutions. C’est lui qui, en tant de grand argentier, a tué le projet d’abandon du sterling, au nom, bien sûr, d’arguments purement économiques. Au demeurant, comment Blair aurait-il pu convaincre ses compatriotes, aussi hostiles à l’Europe que lors de son arrivée au pouvoir, de renoncer à leur monnaie identifiée à une économie prospère et au plein-emploi ?
Même s’il a réussi à chasser du Labour ses vieux démons nationalistes, « Tony » n’est pas parvenu à vendre l’Europe aux sujets de la Reine, encore résolument insulaires, malgré le creusement du tunnel sous la Manche et l’explosion des vols bon marché entre Albion et le vieux continent. Tout au plus a-t-il réussi à les persuader que l’ancrage à l’Union était indispensable à leur bien-être. Il faut dire que le « non » en 2005 aux référendums néerlandais et français l’a aidé à torpiller le projet fédéraliste tant honni à Londres. Par ailleurs, Blair a su défendre avec conviction le succès de son modèle libéral, basé sur la déréglementation du marché du travail et la réforme de la politique agricole.
Jusqu’au bout, Tony Blair est resté proeuropéen. A la question « Avez-vous changé, en dix ans, votre vision de l’Europe ? », le chef du New Labour répondait en avril 2007 en dressant le bilan de son action en Europe, lors d’un entretien avec des journaux européens : « Etrangement non. Je suis toujours très proeuropéen. Même si le processus de négociation est très frustrant. L’Europe est la plus forte union politique au monde, le premier marché commercial. Ce sont là des atouts formidables pour la Grande-Bretagne. Nous exerçons notre influence dans le cadre de deux alliances, l’une transatlantique, l’autre européenne. Je n’ai jamais voulu choisir l’une ou l’autre ». Du grand art car tout est dit sur la dualité de la politique britannique, écartelée entre Bruxelles et Washington. A l’inverse des tories de l’ère Thatcher-Major, entre 1979 et 1997, Blair s’est toujours désintéressé du Commonwealth, l’ancienne famille d’outre-mer, relique à ses yeux du vieil ordre impérial.
En fait, sur le plan européen, Tony Blair a agi comme un aigle à deux têtes, qu’il ne montrait pas simultanément. Dans ses discours, il a cité parfois les pionniers de l’intégration européenne de l’après-guerre, comme Monnet ou Schuman ; s’est prononcé implicitement pour l’euro ; a voulu mettre son pays « au centre de l’Europe ». En même temps, sa conception de l’Europe est « gaullienne » ; l’« union des nations » qu’il appelait de ses vœux à Birmingham, en janvier 2000, a une résonance très « Europe des patries ».
Le Prime minister a mis son veto à la candidature du Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, à la présidence de la Commission européenne. Peu après, il a dépêché à Bruxelles le proeuropéen Peter Mandelson, son homme lige comme nouveau commissaire européen, partisan de la monnaie unique et de la Constitution.
Les alliés qu’il a eus au sein du Conseil européen ? Berlusconi et les dirigeants des « pays de l’Est ». Le chef du New Labour n’avait guère d’atomes crochus avec la social-démocratie continentale, Schröder, Zapatero, Hollande et consorts. Chirac ? L’hôte de l’Elysée l’énervait avec sa tendance à lui faire constamment la morale, lui, Blair-Grand-Moralisateur devant l’Eternel, qui a fini à se convertir au catholicisme cet été.
Reste que sa frustration face à l’emprise du couple franco-allemand sur la construction européenne a amené « Tony », dit-on, à se détourner de l’Europe au profit de l’aide à l’Afrique et de la lutte contre le réchauffement climatique, ses deux dossiers de prédilection à la tête du G8, les sept nations les plus industrialisées plus la Russie, qu’il a présidé en 2005.
A l’évidence, jusqu’au bout, les désaccords avec certains de ses partenaires sur l’Irak, en 2003, ont sapé sa confiance dans le grand dessein européen.
Président du Conseil européen, une description de fonction à préciser
Voici ce que dit le Traité de Lisbonne, en cours de ratification dans les pays de l’Union, de la nouvelle fonction de président du Conseil européen.
Le président du Conseil européen :
a) préside et anime les travaux du Conseil européen ;
b) assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales ;
c) œuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen ;
d) présente au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.
Le président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Le président du Conseil européen ne peut pas exercer de mandat national.
« Numero Uno », un Flamand européen qui a ses chances
Guy Verhofstadt est un homme d’expérience, et il sera (normalement…) disponible en 2009 pour l’Europe.
Guy Verhofstadt est un homme d’expérience, et il sera (normalement…) disponible en 2009 pour l’Europe. Deux atouts. C’est également un Européen convaincu. Tellement convaincu que les Britanniques lui ont bloqué la route lorsqu’il convoitait la présidence de la Commission européenne, en 2004. Ce qui a ouvert la voie au Portugais José Manuel Barroso, qui se verrait bien poursuivre pour cinq nouvelles années.
Cette fois, en vertu du Traité de Lisbonne, les règles du jeu seront autres. Le président de la Commission sera élu par le nouveau Parlement européen, issu des élections de juin 2009. Il lui faudra une majorité – qui ne sera certainement pas monolithique. Et le président du Conseil européen sera désigné par les chefs d’Etat ou de gouvernement, à la majorité qualifiée. En la matière, le droit de veto national ne sera plus qu’un lointain souvenir…
Mais Guy Verhofstadt a un handicap : les libéraux constituent la troisième famille politique dans l’Union, derrière les conservateurs du PPE et les socialistes. Pour accéder à la présidence de la Commission ou à celle du Conseil, il devra être soutenu par les uns ou par les autres.
Conservateurs et libéraux peuvent faire alliance et se partager les deux fonctions. Socialistes et libéraux peuvent également s’allier, dans le but d’endiguer la vague conservatrice, et tenter de faire élire, par une majorité de gauche, Guy Verhofstadt à la tête de la Commission.
Selon ses proches, le Premier ministre belge, éprouvé par l’échec de 2004, n’est actuellement candidat à rien. Chat échaudé craint l’eau froide. « Numero Uno » aussi, vraiment ?
Jean-Claude Juncker, un Européen sans tache
Il fut un temps où Jacques Santer, chef du gouvernement luxembourgeois avant de devenir président de la Commission européenne, décrochait lui-même le téléphone dans son bureau. Cette proximité, cette simplicité seront peut-être importantes demain pour comprendre dans quel contexte s’est élaboré un esprit capable de créer le consensus entre 27 pays et leurs 490 millions d’habitants. Jean-Claude Juncker pourrait être celui-là.
Jean-Claude Juncker est depuis treize ans le Premier ministre luxembourgeois. Mais depuis quelques semaines, tout le village bruisse des probabilités, des obstacles et de l’honneur qu’aurait cet homme à devenir dans moins d’un an – si le calendrier est respecté – le premier président du Conseil européen. Et la presse locale de reprendre en chœur les supputations des quotidiens internationaux.
On ne présente plus Jean-Claude Juncker, 53 ans, Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, président de l’Eurogroupe, 25 ans de pratique européenne, un séducteur à l’humour tranchant, parfois cassant, un pilier de l’Europe communautaire, stature qu’il partage avec Guy Verhofstadt.
Veut-il vraiment être ce premier président ? La réponse ne fait aucun doute. « Il en marre, tranche Romain Hilgert, l’éditorialiste de l’hebdomadaire Land. Tout son plaisir est maintenant du côté de l’Europe. Il sait que pour lui, il n’y a pas d’avenir à Luxembourg… »
Lui, pourtant, n’en pipe mot. Tactique élémentaire. Sortir trop tôt du bois, c’est inévitablement s’exposer, prendre des coups, perdre peut-être. Outre cette ruse de vieux renard, plusieurs raisons expliquent cette position d’attente. Pour François Biltgen, le président du Parti chrétien-social auquel appartient Jean-Claude Juncker, « tout dépendra des ratifications du Traité de Lisbonne » qui auront lieu d’ici la fin de l’année dans tous les pays de l’UE, dont un référendum à risque en Irlande. Car, sans ratifications, pas de président.
La nécessité de voir définie clairement la fonction de président européen est l’autre priorité de Jean-Claude Juncker : « Il subsiste un certain nombre d’inconnues dans le Traité, et notamment en ce qui concerne le lien entre ce président et les différents conseils des ministres qui seront toujours dirigés par une présidence tournante », détaille François Biltgen. Enfin, analyse Romain Hilgert, « Juncker attend aussi de voir qui seront ses rivaux. ».
Tout le monde ici sans exception pense que Juncker est fait pour ce job. Pour Mario Hirsch, le directeur de l’Institut Pierre Werner, ses qualités sont multiples : grande connaissance des rouages européens (il est le doyen des chefs d’Etat en exercice), aspiration à vouloir booster l’Europe sociale et économique (« Il ne sera pas un président de la IVe République, un président qui inaugure les chrysanthèmes »). François Biltgen y ajoute « charisme et conviction européenne ». D’autres vantent encore sa grande connaissance des dossiers, sa facilité de contact, l’énorme confiance qu’a acquis en lui le « héros de Dublin », artisan en 1996 de la médiation délicate entre Allemands et Français qui allait conduire à la naissance du Pacte de stabilité.
Bien que nanti de scores de popularité impressionnants – entre 80 et 90 % –, le Premier ministre a connu des échecs européens. L’impasse des perspectives financières durant la présidence luxembourgeoise, par exemple. Le politologue Philippe Poirier estime aussi que les 56,5 % de oui péniblement glanés en 2005 lors du référendum sur la Constitution – consultation dans laquelle Jean-Claude Juncker avait jeté tout son poids – ont « quelque peu brouillé son image ».
Mais ces critiques tiennent de la cosmétique : pour tous, le Premier ministre a le profil idéal pour la fonction. A fortiori pour les autres partis de la place : la perspective du départ de Jean-Claude Juncker « est une aubaine car il redistribuerait les cartes au Grand-Duché via l’affaiblissement du Parti chrétien-social », escompte le socialiste Ben Fayot.
Outre son curriculum vitae et l’appui que lui prête le monde politique local, le contexte serait globalement favorable à l’arrivée de l’enfant de Belvaux sur le pavoi européen. Le Grand-Duché est un des six pays fondateurs de l’UE ; Juncker peut compter sur l’appui de l’Allemagne où on le couvre de prix et de décorations ; il a déployé des trésors d’énergie pour rapprocher son pays des nouveaux Etats membres ; etc.
Mais Jean-Claude Juncker n’a pas que des amis à la table européenne. Le retour de Silvio Berlusconi aux affaires en Italie pourrait, s’il se concrétisait en avril, amoindrir les chances du Luxembourgeois. Idem si en mars le Parti populaire parvenait à coiffer sur le fil les socialistes de Zapatero, en Espagne. Le Français Nicolas Sarkozy « soutient » Tony Blair, qui déteste Jean-Claude Juncker, et inversement.
Plus fondamentalement, l’Europe du moteur franco-allemand a changé. Elle est traversée par des dynamiques anciennes et nouvelles qu’il faut réussir à canaliser. Venir d’un petit pays peut être une force en raison des intérêts moindres que celui-ci a à défendre ; mais aussi une faiblesse eu égard à son maigre poids démographique.
La partie est donc loin d’être gagnée et le résultat dépendra d’une équation à multiples inconnues, parmi lesquelles la constitution d’une majorité qualifiée au sommet européen qui désignera le lauréat, la nécessité de trouver un équilibre entre petits et grands Etats ou encore l’impossibilité de concentrer les grands postes entre les mains du seul Parti populaire européen (PPE, chrétiens démocrates et assimilés, dont le parti de Jean-Claude Juncker).
A plus de dix mois du grand jour, tout est ouvert. Pour le politologue Philippe Poirier, Juncker tient cependant la corde car « il a une vision, et cela importe énormément en ces temps où l’Europe est fragilisée. Avec lui, on saura où il veut aller ».
Mais où veut-il aller exactement ? Deux chantiers sont généralement cités. Le modèle social européen d’abord, une coquille plus ou moins vide à laquelle le Luxembourgeois voudrait donner de la chair. La gouvernance économique ensuite, un défi à la hauteur de celui, nous dit-on, qui s’inscrirait le mieux « dans la logique du traité de Maastricht (l’Union économique et monétaire) et de la Stratégie de Lisbonne (la compétitivité) ».
Pour le Grand-Duché, ce serait enfin tout bénéfice. Un Luxembourgeois à Bruxelles permettrait à l’occasion de préserver les intérêts de la place financière. Surtout, le petit pays continuerait à naviguer dans les hautes eaux de la politique internationale. Donc d’exister.
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