UNE EQUIPE NAMUROISE OUVRE LA VOIE A DE MEILLEURS TRAITEMENTS, LES VARICES: UNE "ASPHYXIE" DES VEINES

PONCIN,JACQUES

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Vendredi 14 janvier 1994

Une équipe namuroise ouvre la voie à de meilleurs traitements

Les varices: une «asphyxie» des veines

Les veines sont les parents pauvres de la recherche médicale. Toute son attention est focalisée sur les artères, ces vaisseaux qui, il est vrai, nous valent des maladies redoutables comme l'infarctus. Tandis que les varices...

Peut-être! Mais il n'y a aucune maladie qui mérite d'être ignorée. Et avoir de mauvaises veines peut avoir un retentissement sur l'ensemble du circuit sanguin. Voilà qui donne sa valeur à la découverte de l'équipe du Pr José Remacle qui vient de démonter le mécanisme biochimique qui aboutit à la formation des fameuses varices.

Contrairement à ce que pourrait faire croire une schématisation un peu naïve, les vaisseaux sanguins ne sont pas de simples tuyaux, ce sont des organes comme les autres. A priori, ils constituent un beau sujet d'études, mais outre un désintérêt évident du monde scientifique, ce domaine souffre de difficultés techniques réelles. Jus-qu'ici, on avait décrit finement les différences «visibles» entre une veine saine et une autre victime de varices. Il restait à les expliquer...

Le laboratoire de biochimie cellulaire des Facultés Notre-Dame-de-la-Paix de Namur s'intéresse depuis longtemps au vieillissement et notamment au rôle que joue en cette matière l'approvisionnement en oxygène des cellules. Il était logique qu'un jour ou l'autre il applique ses méthodes aux cellules épithéliales qui tapissent l'intérieur des veines.

Carine Michiels en mit donc en culture et les priva d'oxygène pendant plusieurs heures. Cet état, qu'on qualifie d'hypoxie, provoqua une cascade d'événements biochimiques que l'on retrouve dans les processus inflammatoires et qui se sont avérés mimer en éprouvette la différence qu'il y a entre une veine saine et une autre malade.

Poursuivant sur la même voie, un autre jeune chercheur namurois, Thierry Arnould, reproduisit le même environnement pour une veine prélevée lors d'un accouchement sur le cordon ombilical. Là aussi, il fut démontré que la privation d'oxygène recréait les circonstances de la formation d'une varice. La démonstration ne sera complète que lorsque l'équipe du Pr Remacle l'aura effectuée sur une des veines de la jambe où, classiquement, se forment les varices. Ce sera pour bientôt.

Mais, plus immédiatement, les travaux namurois ont abouti à la mise au point d'un modèle sur lequel peuvent être testés des médicaments existants ou futurs afin de voir s'ils agissent sur le mécanisme même de la formation de la varice. Six substances ont ainsi été testées: elles ont toutes un effet positif et agissent normalement au début de la fameuse cascade biochimique qui s'avère tellement dommageable. Voilà qui constitue déjà une bonne nouvelle.

Mais surtout ouvre la voie à la mise au point de médicaments plus spécifiques, plus efficaces. Un extrait d'une plante appelée gingko biloba (commercialisé en France) a été particulièrement étudié et les chercheurs ont pu isoler quelle substance très précisément protégeait la cellule veineuse. Il s'agit d'une «bilobalide» dont une firme allemande a déjà synthétisé quelque 25 dérivés. Firme qui s'est empressée de demander au Pr Remacle de disposer de son modèle pour vérifier lequel a le plus de chance d'être un jour «le» médicament des varices...

Nous reviendrons ultérieurement sur ce sujet sous la rubrique santé du «Septième Soir».

JACQUES PONCIN