UNE EXPOSITION DE PATRICIA ERBELING ET TONY SOULIE AU MUSEE DE L'INDUSTRIE DE MARCHIENNE-AU-PONT

GHESQUIERE,DENIS

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Mardi 21 octobre 1997

Une exposition de Patricia Erbelding et Tony Soulié au Musée de l'Industrie de Marchienne-au-Pont

Deux artistes parisiens amoureux des usines carolos

Le bassin carolo a inspiré Patricia Erbelding et Tony Soulié. Mariage de l'art et de l'archéologie...

Pour moi, photographier les pirogues d'Afrique, les volcans, les enfants de La Havane ou les vestiges industriels de Charleroi, c'est la même démarche. J'aime saisir les lieux d'urgence, les mondes qui vont basculer... A la fois globe-trotter et citadin parisien, Tony Soulié peut éprouver un même dépaysement, une aussi forte inspiration face aux exubérances d'Amérique latine, aux déchaînements grandioses de la nature et à la beauté irréelle des outils sidérurgiques... Patricia Erbelding, elle aussi artiste à Paris, lui a communiqué cette passion féconde pour les paysages industriels carolorégiens, un coup de foudre qui l'avait frappée il y a deux ans.

Il n'y avait pas de lieu plus adéquat que le Musée de l'Industrie de Marchienne-au-Pont pour présenter au public les créations forgées au feu de cet engouement. L'image métallurgique s'impose : pour réaliser leurs sculptures, ils ont eu recours aux forges de la Providence, dont le maintien en activité est un des orgueils du musée. La survie muséologique de ces outils se double désormais d'une vocation artistique.

Le regard s'amuse à trouver dans les fers forgés de Tony Soulié ses diverses sources d'inspiration : tel métal tordu semble se terminer en sagaie africaine, tel autre est, en miniature, une des bouées de Brest qui lui ont déjà servi de thème. Amoureux des volcans, il reste fidèle à lui-même en privilégiant le charbon, le combat du métal et du feu... Il dit être sensible à la mémoire de ce monde minéral mais aussi à celle d'un peuple laborieux. Un même souffle le porte des volcans aux terrils.

S'imaginer la blonde Patricia Erbelding, féminine à souhait, maniant le lourd maillet à la fournaise, peut davantage étonner.Elle en parle pourtant moins comme d'une épreuve de force que comme d'une expérience artistique précieuse, décrit la sensation rare que procure le métal quand il devient maléable et se laisse modeler par le feu.

Elle aime communier avec la matière, même en dégradation. Si elle peint, c'est à la rouille. L'exposition actuellement visible au Musée de l'Industrie en offre plusieurs illustrations. Je suis interessée par les rapports entre création et destruction, explique l'artiste parisienne, dont l'allure et la distinction n'inspirent pourtant que de bien pacifiques sentiments.

Nos créateurs de passage expriment aussi leurs talent par la photographie. Le public carolo sera étonné - et sûrement flatté - en voyant comment certaines friches et sites industriels familiers deviennent sous leur regard des lieux fascinants, nimbés d'une étrange poésie. Guidée par sa seule intuition d'artiste, Patricia Erbelding s'est retrouvée au cours de ses promenades carolorégiennes au Bois du Cazier. Elle livre du charbonnage emblématique d'étonnants clichés retravaillés sur ordinateur. Quand je me trouve sur ce site, j'ai l'impression d'un monde aquatique, explique-t-elle. Une impression d'artiste, ça ne se discute pas. Et l'on peut en y réflechissant trouver quelque sympathie entre l'atmosphère envoûtante de ce lieu de mémoire et le monde du silence...

Ce n'est pas la première fois que le Musée de l'Industrie accueille une exposition artistique, rappelle son directeur, Jean-Louis Delaet, mais l'idée est de se montrer désormais sélectif, de chercher le lien entre la vocation de l'endroit et les créations exposées. Pourquoi ne pas appeler cela de l'«art-chéologie industrielle» ?...

DENIS GHESQUIÈRE

Patricia Erbelding et Tony Soulié, au Musée de l'Industrie, jusqu'au 22 novembre. Ouvert en semaine de 9 à 16 heures et le samedi de 14 à 17 heures.