Une gare plus accessible

BODEUX,PHILIPPE

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Mardi 22 septembre 2009

Liège Le dialogue a été restauré entre les associations et l’Euro-Liège TGV

Munis d’une canne blanche, accompagnés d’un chien guide ou installés dans une chaise roulante, ils sont une quarantaine sous l’immense casquette de la nouvelle gare des Guillemins. Là où certains admirent la gare à coups de clichés numériques, les malvoyants s’apprêtent à juger de sa beauté à la lumière des cheminements adaptés aux personnes à mobilité réduite (PMR).

Elodie, 18 ans, suit la « ligne de conduite » striée qui court dans le couloir sous voie. Elle détecte une dalle carrée en caoutchouc : un changement de direction. Soit vers l’ascenseur soit vers la volée d’escaliers. Devant les marches, une « dalle d’éveil » au relief arrondi lui indique qu’il va falloir monter. Et sous la main courante en inox, une indication en braille lui confirme le numéro du quai. Un must ! Par contre, une fois arrivée au-dessus, la « dalle d’éveil » censée indiquer le bord du quai fait toujours 35 cm au lieu des 60 cm demandés.

« Il n’y a pas danger mortel pour autant », déclare Vincent Snoek, directeur de l’ASBL Gamah qui milite pour une meilleure accessibilité aux personnes handicapées. Il est fini, le temps où tout dialogue entre les associations et le maître d’ouvrage de la gare – Euro-Liège TGV – était impossible (Le Soir du 11 septembre 2008). Sous l’égide du secrétaire d’État à la personne handicapée Jean-Marc Delizée, des améliorations ont été apportées avant la fin du chantier.

« Nous avons pu faire en sorte qu’il y ait des cheminements standardisés pour que les personnes ne soient pas désarçonnées d’une gare à l’autre, explique Vincent Snoek. Le but est que la personne handicapée puisse se débrouiller toute seule dans la gare. Au terme de la visite, Gamah décerne un satisfecit à Euro-Liège TGV. Nous attendons la fin des travaux pour donner une cotation avec l’indice passe-partout (NDLR : la gare de Namur a eu un 9/10). Le point qui pose problème est l’embarquement des chaisards dans le train : actuellement, la personne doit réserver 24 heures à l’avance pour bénéficier d’une aide. C’est lourd ! A la gare de Lyon, par exemple, il y a six personnes qui s’occupent d’aider les PMR ».

Des bancs calatraviens en pierre bleue

La nouvelle gare des Guillemins est une œuvre d’art totale. Pour ceux qui en doutent encore, l’architecte Calatrava a dessiné des bancs en pierre bleue massive du Hainaut à l’allure élancée. Deux exemplaires de ces bancs façonnés et poli à la main sont déjà visibles dans le « travel center ». Le raffinement suprême est à venir : des bancs curvilignes entourant les cages d’ascenseur vitrées dans le couloir sous voies. Du grand art qui a un prix : deux fois 10.000 euros par cage d’ascenseur. Il y en a six, faites le compte ! Calatrava va également dessiner les bancs publics qui jalonneront les quais. Mais, pour ce mobilier, la SNCB s’oriente vers un matériau plus accessible… financièrement.

Un ravel qui traverse la gare

Un accès performant côté colline pour les automobiles. Et les vélos ? Un parking couvert de 240 places doit ouvrir fin de cette semaine côté place des Guillemins, pourvu d’un atelier vélo. Côté colline de Cointe, une agréable surprise attend les cyclistes : Euro-Liège TGV a intégré dans la gare le passage couvert d’un… Ravel reliant la rue Ernest Solvay au pont Hemricourt via la rue Mandeville. Seul le passage en gare est réalisé, le reste faisant partie des travaux restants. Mieux, Euro-Liège TGV promet des racks pour vélos dans le parking situé juste à côté de ce Ravel « indoor ». Un plus pour les cyclistes venant de Sclessin par la rue du Laveu, d’autant plus que la Ville est en train d’aménager un Ravel courant du pont Hemricourt à Burenville.

Des Œuvres d’art sous les voies

L’art entre en gare… Au bout du couloir sous voies, côté colline de Cointe, une vitrine sécurisée contient deux œuvres d’art majeures du musée d’art moderne et contemporain. Avec son corps exagérément élancé, « La violoniste » de Kees Van Dongen rappelle l’inspiration du corps féminin pour la silhouette de la gare tandis que le cubisme personnel et coloré de « La maison bleue » de Chagall agit presqu’en opposition avec les formes organiques et immaculées de l’œuvre de Calatrava. Ces vitrines, qui seront régulièrement pourvues de nouvelles œuvres d’art – renvoient le voyageur – et le touriste – vers les richesses des musées liégeois et offrent une pause culturelle plutôt raffinée entre deux trains. Infos : www.mamac.be