UNE MAISON DE PRODUCTION BRUXELLOISE SE PENCHE SUR DEUX CREATEURS CHARLES ET FELICIEN SE FONT DU CINEMA A NAMUR

WASSEIGE,JEAN-CHRISTOPHE DE

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Samedi 20 novembre 1993

Une maison de production bruxelloise se penche sur deux «créateurs»

Charles et Félicien se font du cinéma à Namur

Le saviez-vous? Félicien Rops, un des plus grands graveurs du XIXe siècle fut un ami intime de Charles Baudelaire, un des plus grands poètes de son temps. Ensemble, ils ont travaillé sur un certain nombre de thèmes: les femmes, le satanisme, le squelette, etc. Rops a aussi illustré une série de poèmes de Baudelaire, dont la célèbre «Danse macabre». Cette rencontre entre les deux artistes, la maison de production bruxelloise Salammbo et le réalisateur Claude François ont voulu la mettre en scène. Dans un court métrage qui sortira probablement en janvier prochain: «Charles et Félicien».

Ce n'est pas un film didactique ni biographique, explique François Vanderveken, producteur à Salammbo. On n'y voit pas non plus de comédiens incarnant Rops ou Baudelaire. En fait, il s'agit plutôt d'un film documentaire de création. Par ce court métrage (treize minutes), les réalisateurs ont voulu souligner ce qui a rapproché les deux hommes et aussi leurs deux oeuvres. Ils ont donc fait «dialoguer» dans ce film les textes de l'un avec les images de l'autre. Nous avons réalisé tout un travail de mise en scène sur des tableaux de Rops, qui conjugués avec des textes de Baudelaire lus en commentaire, prennent un tout autre relief. C'est que l'oeuvre de Baudelaire (souvent très noire) est tantôt en opposition, tantôt en communion avec celle de Rops (dont la création fut plus diversifiée).

Pas de fiction, donc. Mais bien un travail de création sur les deux artistes. Presqu'un an de recherches préalables ont été nécessaires au réalisateur Claude François pour s'imprégner tant des peintures de Rops que des poèmes de Baudelaire. Si le film mêle des prises de vue de peintures et fait apparaître certains poèmes, il met également en scène l'église Saint-Loup à Namur. Pourquoi? Parce qu'elle est représentative des relations entre Rops et Baudelaire. On sait qu'ils s'y sont rencontrés, précise François Vanderveken. Et le décor nous semblait d'autant plus émouvant que Baudelaire s'y est effondré lors d'une visite en mars 1866. Premier symptôme de la maladie dont il mourra quelques mois plus tard.

Ce court métrage est destiné au cinéma et à la télévision. Initiatrice du projet, la maison Salamm-bo a associé plusieurs partenaires pour la production: la Communauté française, l'ASBL «Wallonie-Image-Production», la province de Namur et la RTBF Liège. Soit un budget de six millions au total. Le film sortira en janvier prochain sur nos petits écrans à la fois sur la RTBF (l'émission «Carré noir») et sur la chaîne culturelle Arte. Il pourrait aussi être distribué en France. On négocie.

Quoi qu'il en soit, ce court métrage sera utilisé comme une carte de visite par la Communauté française dans le cadre d'expositions et de manifestations organisées par le CGRI (Commissariat général aux relations internationales). Rops y deviendra alors l'ambassadeur de la culture francophone. Jolie récompense pour le «Namurois libéré».

J.-C. de W.