UNE POSITION CARREMENT EFFROYABLE!

VERLEENE,MAURICE

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Mercredi 7 décembre 1988

LA définition n'est pas de nous, mais de l'ex-champion du monde, le Néerlandais Ton Sijbrands, qui déclara, à l'issue de sa partie contre le Surinamien, Hugo Kemp (championnat du monde 1988) avoir connu la frayeur de sa vie: «De schrik van mijn leven.»

L'instituteur surinamien avait livré une partie sublime contre le grand maître qui devait gagner cette partie afin de s'assurer la deuxième place qui lui permettait de jouer un match revanche contre le champion Tchiziov. Kemp, qui ne termina que dix-septième (sur vingt), avait déjà rencontré deux fois Sijbrands, en 1969 et 1971, et avait chaque fois réussi à annuler.

Comme nous le verrons dans la fin de partie qui suit, une position extraordinaire se présenta qui provoqua la frayeur de Sijbrands.

Partie Sijbrands - Kemp: 33-29 (19-24) 39-33 (14-19) 44-39 (19-23) 50-44 (13-19) 32-28 (23-32) 37-28. Sijbrands défait l'enchaînement; ce dégagement eut été meilleur avant le dernier coup des noirs, (18-23) évidemment, 29-18 (12-32) 38-27 (7-12) 41-37 (9-13) 46-41 (4-9) 37-32 (17-21) 41-37 (12-18) 33-28 (10-14). Ceci empêche 31-26? car suivrait (20-25) 26-17 (11-33) 39-28 (24-30), etc. dame à 50; Sijbrands joua 42-38 (21-26) 38-33 (empêche 1-7 par le simple 27-21, etc. (8-12) 34-29 (20-25) 29-20 (15-24) 40-34 (5-10) 44-40 (2-8) 43-38 tente un faux coup Philipe par (24-29?) 33-24 et non 34-23 qui serait suivi après les prises par (16-21) 27-18 et (13-35) avec le pion à 24 indéfendable; à noter que le coup Philipe serait bon avec le pion 1 à 2 quelle que soit la réponse initiale.

Kemp ne se laissa pas séduire et joua (10-15) 34-29 (14-20) 40-34 (24-30) 35-24 (19-30) 45-40 (30-35) 48-43 (35-44) 49-40 (20-24) 29-20 (25-14). L'autre prise (15-24?) était perdante (voir le diagramme) en répondant 40-35; 1) (11-17) dame par 34-30 x 39-19 x 27-21, etc.; 2) sur (9-14) 34-30 x 39-10; 3) sur (1-7) la variante Ghestem 28-22 ne laisse aucun espoir; alors il ne reste que (13-19) 27-21 (26-17) 28-22 (18-27) 31-22 (17-28) 32-14 (9-20) 34-30 (25-34) 39-19 avec débordement facile de l'aile gauche des noirs.

KEMP (SURINAM)

SIJBRANDS (P.-B.)

Continuons la partie en plaçant dans la position du diagramme (25-14) forcé, 34-29 (14-19) 39-34 (19-24) 29-20 (15-24) 43-39 (9-14) (à noter que (13-19?) aurait permis aux blancs de poursuivre par la variante Ghestem 28-22 avec une position théoriquement gagnante) 34-29 (14-20) 39-34 (3-9) 28-23 (20-25) 29-20 (18-29) 32-24 (25-14) 34-30 (12-18) 30-25 (espérant 14-19 perdant par 40-34 suivi de 38-33, etc.) (1-7) 40-34 (7-12) 24-20 (11-17) 34-29 (17-21) prend la position des trèfles; 20-15 (13-19) bien joué, empêche 25-20 (14-25) 15-10 (19-24) 29-20 (25-5) mais les blancs poursuivent par 38-33 (12-17) 33-28 (17-22?). Pas le meilleur coup dit Sijbrands, il fallait éliminer le pion par (18-23) x (17-22), etc. Et malgré le passage à dame par 25-20 suivi de 15-10, il estime qu'il ne lui resterait que peu de chances de gain.

28-17 (21-12) 32-28 (8-13) 47-42 (12-17) 27-22 (18-27) 3«-11 (6-17) 29-23 coup fort! (19-24) forcé; 25-20 (14-25) 15-10. Ici, la partie semble bien perdue après 10-4 et 23-18 avec gain dans le tric-trac, mais le Surinamien trouve une ressource: (13-19). Etonnant! 23-3 (24-30) 3-21 (26-17) 10-4 (30-34). Ici, Sijbrands réfléchit trente minutes entre deux coups 4-22 ou 4-18, et finalement choisit 4-18 (34-39) 18-40. Ici, Kemp, à son tour, réfléchit longtemps et ne choisit pas la meilleure suite.

Pendant ce long silence, le grand maître hollandais passe en revue toute les variantes gagnantes et se voit assuré de la deuxième place quand soudain il voit une ressource permettant à Kemp d'annuler et, comme dans la fable: adieu veaux, vaches, cochons... Et notre ami et confrère d'écrire dans sa chronique du Volkskrant: cette soudaine découverte fut «la peur de ma vie». Quel devait être son soulagement en voyant Kemp jouer (39-43?) 42-38 (43-41) 36-47 (25-30) 40-44 (17-21) 44-39 (30-35) 39-34! Et le Surinamien abandonna, car sur (21-26) suit 28-22 (26-31) 22-17 suivi de 17-11. Notons cette position qui effraya Sijbrands: noirs, quatre poins à 16-17-25 et 39 blancs, quatre pions à 28-36-37-42 et une dame à 40. Dans notre prochaine chronique (Le Soir du 21 décembre), nous analyserons les multiples variantes de gain étudiées par Sijbrands au cours de sa longue méditation et la découverte de celle qui lui provoqua un émoi compréhensible! Très instructif pour joueurs avertis.

MAURICE VERLEENE.

JOURNEE D'INFORMATION. - Le Damier Cinquantenaire-Bruxelles organise une journée d'information sur le jeu de dames le samedi 10 décembre, de 10 à 19 heures, au Woluwe Shopping Center. Venez-y mesurer votre force avec des joueurs chevronnés. Bienvenue à tous.

NECROLOGIE. - Nous venons d'apprendre avec émotion le décès de notre maître problématiste, Paul Deguée. Le sympathique Liégeois était l'un des meilleurs compositeurs mondiaux, lauréat de nombeux concours internationaux. Nous présentons à sa famille nos sincères condoléances.

PROBLEME N° 626. - Par Paul Deguée. Les blancs jouent et gagnent. Un chef-d'oeuvre du regretté maître. Une finale opposant une dame blanche et un pion à deux dames noirs et sept pions! Plusieurs prises différentes à ce moment.

SOLUTION DU N° 625. - 29-23 (18-49) 31-27 (49-21) 16-9 (3-25) 33-2 finale Canalejas.