Une seconde vie « dématérialisée »

JENNOTTE,ALAIN

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Mercredi 26 novembre 2008

Face à l’essor du numérique, la Médiathèque ne se posera pas en victime résignée et veut renouer avec son public. « Cette seconde vie pourrait bien se faire sans les médias physiques que sont le CD et le DVD, d’ici cinq à dix ans », prophétise son directeur général, Claude Janssens. Pas une mince révolution pour la Médiathèque, pour qui les supports physiques, du vinyle au DVD en passant par la cassette VHS et le CD, ont été la raison d’être depuis un demi-siècle.

« Il y a pléthore de productions en musique et en cinéma, note encore Claude Janssens. Le public est dérouté par cette abondance, y compris sur le Net. Nous pouvons l’aider à distinguer le bon grain de l’ivraie. »

Jusqu’il y a peu, la plate-forme de téléchargement, lancée fin 2006, vivotait avec une trentaine de milliers de morceaux à télécharger. Ces derniers mois, des accords ont été signés à tour de bras avec de nombreux labels, et le catalogue en ligne approche aujourd’hui 500.000 titres, dans des secteurs aussi divers que le rock et les musiques classiques ou du monde. « On a atteint une masse critique, explique le directeur de l’informatique, Tony de Vuyst. D’autant que désormais, le téléchargement n’est plus réservé aux seuls membres de la Médiathèque, mais ouvert à tous les internautes. »

Un domaine où, cependant, la Médiathèque devra se mesurer aux grandes plates-formes de téléchargement commercial. Car en se propulsant dans le monde virtuel, elle se trouve confrontée à une législation totalement différente en matière de droits d’auteur. Là où la législation sur le droit de prêt protège toujours ses activités pour les médias physiques, il n’existe rien de tel pour le monde numérique. En ligne, c’est de la vente de fichiers musicaux et non du prêt que fera la Médiathèque.

La « Sélec »

Il n’y a pas que sur le Net que la Médiathèque entend jouer son rôle de médiation. En octobre, elle a lancé un magazine bimestriel gratuit au concept original, la « Sélec », qui présente une quarantaine de disques, de films et de jeux. « Bien plus qu’une collection de coups de cœurs, il s’agit d’une réflexion de l’équipe des médiathécaires destinée à libérer les goûts en tissant un réseau de liens à travers le répertoire », précise le directeur des collections, Pierre Hemptine. La Sélec sera distribuée dans les centres de prêt et d’autres lieux culturels.

La Médiathèque ne devrait pas s’arrêter là. En 2009, elle lancera la plate-forme en ligne « Emergence », pour accueillir les artistes de la Communauté française qui n’ont pas encore de label. Elle prépare également un service de vidéo à la demande (VoD) qui proposera notamment les programmes d’Arte et les catalogues de maisons de production comme Versus ou les Films du fleuve.

www.mediatheque.be

Schaerbeek aussi veut sa médiathèque

Institution Cinq cent mille morceaux à télécharger

La commune voudrait reprendre l’un des sept centres de prêts menacés. Le web de la Médiathèque se diversifie.

L’heure tourne pour plusieurs centres de prêt de la Médiathèque, menacés de fermeture dans le cadre d’un plan de restructuration annoncé l’an dernier. Sur sept centres de prêt concernés, six n’ont toujours pas trouvé de centre culturel ou de bibliothèque pour reprendre leurs activités. Vingt équivalents temps pleins risquent de perdre leur emploi d’ici juin 2009.

« À ce jour, seul Verviers a trouvé un repreneur, explique le directeur général de la Médiathèque, Claude Janssens. Mons et La Louvière devraient suivre. Il y a un point d’interrogation pour Uccle, Woluwe-Saint-Pierre et Braine-l’Alleud. Seul Seraing a fait l’objet d’un avis négatif. »

La direction explique la crise qui touche La Médiathèque par une baisse dramatique du prêt de CD et de DVD. « Certes, on aura emprunté près de deux millions de nos médias au terme de l’exercice en cours, note Claude Janssens. Mais c’était quatre millions en 2000. »

Paradoxe, la commune de Schaerbeek, qui n’a pas de médiathèque, cherche à en mettre une sur pied. « Nous négocions pour reprendre les collections de l’un des centres qui ne sera pas sauvé », explique Georges Verzin, échevin de la culture de Schaerbeek (MR). Les noms d’Uccle et de Braine sont cités. Schaerbeek bénéficierait des aides promises par la Communauté française pour le transfert du personnel ainsi que l’accès aux collections centrales de la Médiathèque. « Nous serons ainsi en mesure de créer un pôle pour les livres et les autres médias dans une région qui touche potentiellement 500.000 personnes, dont beaucoup sont dans des conditions difficiles d’accès à la culture », poursuit Georges Verzin.

La restructuration du réseau n’est pas le seul souci de la Médiathèque. Son plus grand centre de prêt, le Passage 44, devait déménager dans un bâtiment mis à sa disposition par Dexia dans le centre-ville. Mais la crise financière a mis le projet entre parenthèses.