Une traque belge aux pirates

REGNIER,PHILIPPE

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Jeudi 11 octobre 2007

Somalie La marine participe à l’opération de lutte antiterroriste

Le nouveau joyau de la flotte nationale est en exercice dans l’océan Indien. Contact à bord du « Léopold Ier ».

REPORTAGE

Mombasa

De notre correspondant

Fricadelles et bière au fût : un air de Belgique plane sur le port de Mombasa en cette soirée de fin septembre. Le cocktail qui se tient sur le pont avant du « Léopold Ier » rassemble diplomates, hommes d’affaires et représentants militaires.

Hôte du jour, le commandant Roberecht n’est pas peu fier de présenter son bâtiment. Rachetée à la marine néerlandaise, la frégate n’est pas à proprement parler flambant neuve. Mais avec ses radars ultramodernes, ses canons de défense antimissiles et son héliport, le F930 est considéré par notre marine nationale comme son nouveau fleuron. Truffé de technologie, sa prise en main a d’ailleurs nécessité une mise à niveau préalable de plusieurs mois de l’équipage.

Le vaisseau qui a quitté Zeebrugge il y a une vingtaine de jours sillonne en ce moment les côtes de l’océan Indien, de Madagascar à Djibouti, pour une série d’exercices. Le retour en Belgique via le canal de Suez est prévu pour début décembre. Il vient d’achever une première mission « test » au large des côtes de la Somalie. En sondant les zones qu’il traversait, le « Léopold Ier » a collaboré à l’opération « Enduring Freedom », le programme multinational de contre-terrorisme mis sur pied par les Etats-Unis et qui implique les forces de plusieurs pays européens. Point de passage obligé des pétroliers en provenance du golfe Persique, cette partie de l’océan Indien reste hautement stratégique aux yeux des Américains. Washington, qui craint le retour des tribunaux islamiques, conserve un œil attentif sur la situation somalienne.

On ne trouve pas que de l’or noir dans les cales des navires qui croisent au large de la corne de l’Afrique. L’endroit figure également en bonne place sur la carte des trafics de drogue, en particulier l’héroïne afghane destinée à l’Europe transitant par la Méditerranée. Ces eaux sont aussi infestées de pirates. Rançonnant les navires marchands qu’ils interceptent, ils sont soupçonnés de contribuer au financement du terrorisme islamique. Et puis il y a les filières de migration clandestines. A la recherche d’un avenir meilleur, beaucoup d’Africains tentent le passage vers le Yémen sur les embarcations de fortune des trafiquants. Un périple entrepris au péril de leur vie : rappelons le drame de février dernier, où après avoir été jetés par-dessus bord, plus de 107 passagers ont été retrouvés morts sur les côtes yéménites. « Nous avions pour but de signaler au QG de la task force les bateaux suspects que nous pouvions repérer », explique le commandant Roberecht. « Mais nous nous sommes aussi livrés à des exercices interarmées, notamment avec nos homologues allemands. »

Au printemps 2008, le « Léopold » entrera enfin dans sa phase opérationnelle. Pour quel type de mission ? « Le point fort de cette frégate, c’est sa polyvalence », explique Roberecht. « Il se peut très bien que nous retournions dans le golfe d’Aden ou dans les Caraïbes, une plaque tournante du trafic mondial de cocaïne, mais munis cette fois d’un mandat nous autorisant à appréhender les navires suspects. Nous pourrions aussi être appelés à renforcer la participation de la Belgique au Liban et patrouiller dans la zone afin de prévenir les mouvements d’armes. »

Conçue comme un bâtiment d’escorte, la navette peut aussi participer à des opérations de protection de convois, ou d’évacuation d’urgence de ressortissants belges.

On se souvient du rôle important joué par nos dragueurs de mines lors de la guerre du Golfe. Avec l’acquisition de deux nouvelles frégates (la « Louise-Marie », jumelle du « Léopold », débutera quant à elle ses exercices l’année prochaine), la Belgique réaffirme à ses partenaires de l’Otan sa volonté de figurer au rang de nation qui compte en termes de forces marines.

repères

L’armée belge à l’étranger. Entre 1.100 et 1.200 militaires belges participent actuellement à des opérations de soutien à la paix à l’étranger, essentiellement au Kosovo, au Liban, en Afghanistan. Ces missions à l’étranger, indispensables pour l’entraînement, représentent un coût de 60 millions d’euros par an, selon la Défense. Les frais de l’expédition de la frégate Léopold Ier dans l’Océan Indien entrent dans le budget courant de la marine – qui n’a évidemment pas pour vocation de rester au port.

Guerre contre le terrorisme. Dans la foulée des attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont déclaré une « guerre contre le terrorisme » globale et déclenché l’opération « Enduring Freedom », « Liberté immuable ». L’usage de la force militaire était ainsi consacré pour contrer les attaques asymétriques des terroristes. Mais la stratégie, appliquée en Afghanistan et en Irak, suscite des critiques : nombre d’observateurs la jugent contre-productive.

Enduring Freedom. Immédiatement après les attaques du 11/9, les Etats-Unis ont réuni une coalition multinationale de « volontaires » pour défaire militairement le régime des talibans en Afghanistan. Ceux-ci refusaient de livrer 0ussama ben Laden, qualifié de responsable des attentats. Environ 10.000 hommes, pour l’essentiel des Américains, sont encore présents en Afghanistan sous cette bannière (contre plus de 35.000 déployés par l’Otan pour assurer « la sécurité et la stabilité » du pays). « Enduring Freedom » a aujourd’hui une double mission : d’une part, continuer à traquer/tuer les affidés d’Al-Qaïda et leurs alliés talibans ; d’autre part, former l’Armée afghane. Mais « Enduring Freedom » est aussi active hors Afghanistan, principalement avec le déploiement d’une force navale dans la Corne de l’Afrique.

Active Endeavour. Le 12 septembre 2001, les pays de l’Otan ont activé l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord, pour la première fois de l’histoire de l’Alliance, selon lequel une attaque contre l’un est une attaque contre tous. Les Etats-Unis ont toutefois ignoré l’offre de services de l’Otan et confié la riposte à la « coalition de volontaires ». L’Otan s’est rabattue sur l’organisation d’une patrouille « antiterroriste » en mer Méditerranée, « Active Endeavour ».