UNIVERSITE: L'OPPOSITION SE DECHAINE CONTRE LE MINISTRE LEBRUN, LEBRUN CONTRE LA MONTRE ET SEUL CONTRE TOUS

BOUILLON,PIERRE

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Samedi 18 juin 1994

Université: l'opposition se déchaîne contre le ministre Lebrun

Lebrun contre la montre et seul contre tous

Comment Michel Lebrun, ministre de l'Enseignement supérieur fait-il pour rester de bonne humeur? Le Conseil d'État et la Cour d'arbitrage lui empoisonnent la vie. Les étudiants grognent. Les recteurs sont au bord de la rébellion. Et l'opposition Écolo et PRL se déchaîne.

Candide, le ministre de l'Enseignement supérieur espérait dissiper la contestation en faisant voter, avant juillet, l'ensemble de ses projets: fusion des écoles supérieures, réforme des grades académiques et financement des universités.

Loupé. Seul le décret sur les grades universitaires (harmonisation des programmes, possibilité d'étaler sa 1re candi en 2 ans, etc) sera voté avant la trêve parlementaire. Le Conseil de la Communauté française (CCF) devrait l'approuver en séance publique le 28 juin.

La fusion du supérieur vient à peine d'être déposée au CCF. Le nouveau mode de financement des universités, lui, bat un peu le beurre. Le ministre a commencé à confesser les recteurs un par un. Et le texte est loin d'être mûr. Les universités râlent. Outre les distorsions financières que le projet risque de créer entre les institutions (UCL et ULg étant clairement favorisées), outre les tirages que ces distorsions provoquent entre elles, les modifications que Lebrun apporte régulièrement à sa copie empêchent les recteurs d'évaluer sereinement l'impact du projet sur leurs établissements. Un texte a été diffusé il y a deux semaines. A compter les errata que le ministre envoie aux recteurs, on en serait déjà à la troisième mouture.

Bref, c'est le flou. Et au grand dam du gouvernement francophone, ces projets rebondiront donc à l'automne, à une époque où les étudiants auront tout loisir de se mobiliser.

Tout va donc moins vite qu'espéré. L'opposition, à dire vrai, traîne formidablement les pieds. Le texte sur les grades a provoqué une avalanche impressionnante d'amendements. A lui seul, Écolo en a rédigé 60!

Pourquoi un tel acharnement?

Jacques Liesenborghs et Jean-François Vaes s'en sont expliqués, vendredi, en livrant leur lecture des projets de Lebrun (lecture au demeurant fort proche de celle de la Fédération des étudiants francophones...).

Pour la résumer: tout est à revoir. Les deux sénateurs écologistes observent d'abord que, dans les débats de l'heure, les recteurs ont seuls la voix au chapitre. Et nombre de dispositions du décret prévoient que le gouvernement prendra des décisions après avis collégial des recteurs. Pour Écolo, il faut un dialogue plus large, avec le Conseil inter-universitaire qui réunit, lui, les étudiants, enseignants et personnel scientifique des institutions.

Voilà pour la forme. Sur le fond, Écolo juge notamment que le ministre ne s'attaque pas réellement au problème de l'échec scolaire à l'université. Ils notent, par exemple, que le mode de financement qu'il propose néglige complètement les cours de remédiation et de propédeutique (préparant aux études supérieures): sans incitant financier, dit-on, la lutte contre l'échec est un voeu pieux. Aussi, l'étudiant qui perd le fil devrait pouvoir, lui-même, définir son programme de remédiation. Le risque? Que l'université impose un programme standard, sans possibilité d'individualiser le repêchage.

Réclamant la dispense automatique des examens réussis, Écolo conteste, par ailleurs, la proposition de Lebrun d'obliger l'étudiant à achever ses candis (deux années d'études) en 3 ans (au-delà, il ne serait plus subsidié). Ils rejettent l'idée de financer le bisseur à 80 %: les Verts proposent de maintenir la subsidiation à 100 %, avec l'obligation, pour l'université, d'en consacrer 20 % au financement des remédiations.

P. Bn.