URBAIN DESTREE DOUTE DE LA FERMETE DE LA CSC ET DES FLAMANDS: "MOI, JE FAIS CE QUE..,"LA FGTB WALLONNE CRAINT QU'ON NE LA LACHE

EVENS,THIERRY; DEWEZ,ALAIN

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Vendredi 20 septembre 1996

Urbain Destrée doute de la fermeté de la CSC et des Flamands : «Moi, je fais ce que je dis, je ne suis pas un boutefeu»

La FGTB wallonne craint qu'on ne la lâche

Nervosité au syndicat socialiste. Les Wallons ne veulent pas porter le chapeau. Ils sont, eux, fédéralistes et opposés aux reculs sociaux.

Jeudi, après le Bureau de l'interrégionale wallonne, le président Urbain Destrée a tenu à mettre les choses au point. La déclaration du leader liégeois René Piron, estimant qu'il fallait faire «l'inventaire» de ce qu'apporte aux Wallons la Belgique et la FGTB fédérale, a en effet été commentée comme une dérive ultra-régionaliste sudiste. Non, a expliqué en substance Urbain Destrée, si quelqu'un dérive, ce n'est pas nous. Il craint que la CSC et la FGTB nationale, abandonnent la défense de la sécurité sociale fédérale, et se préparent à accepter les «reculs sociaux» que le gouvernement va bientôt annoncer.

En ce qui concerne le maintien de la Sécu fédérale, Urbain Destrée a rappelé que c'est le ciment du pays. Si on détricote la solidarité entre les travailleurs, le reste peut suivre. Nous ne voulons pas d'un État où les Flamands gèrent seuls ce qui les arrange, et gardent la structure belge qui leur convient, avec un Premier ministre flamand et les ministères-clés entre leurs mains.

MIA DE VITS ACCUSÉE

La position officielle des syndicats et des mutuelles, chrétiens et socialistes, est le maintien de ce ciment. Mais face à la pression nationaliste flamande, l'interrégionale wallonne a des doutes. Côté chrétien, dit Destrée, les mutuelles ne nous rassurent pas. Et le président de la CSC ne dit rien de concret.

Côté FGTB, c'est une déclaration de Mia De Vits au «Soir», le 9 septembre, qui le hérisse. La numéro 2, flamande, du syndicat, indiquait que l'ABVV (FGTB flamande) veut participer au débat de société sur un certain regroupement de la gauche en Flandre autour du «Sinjaal». Nous en discuterons avec l'ACV (CSC flamande). Or, le «Sinjaal» prévoit de communautariser des pans de la sécurité sociale. Destrée commente: Quand on lit cette déclaration, on ne peut pas dire que c'est nous qui cassons. On a plutôt l'impression qu'elle préfère parler entre Flamands qu'au sein de la FGTB.

Il rappelle une autre déclaration de Mia De Vits, disant lors de la sortie du Plan d'avenir pour l'emploi, que les sensibilités flamandes et wallonnes étaient différentes. Entre les Bureaux peut-être, dit Destrée. Lors du vote sur ce plan, les affiliés flamands se sont opposés aussi fermement que les wallons. Il ajoute: Je crains qu'on ne nous fasse à nouveau passer pour les méchants quand les plans du gouvernement sortiront, et qu'on verra qu'il fait tout le contraire de ce que réclamaient les deux syndicats, ensemble, au niveau fédéral.

CHASSE AUX MILLIARDS EN SÉCU

La FGTB est décidée à ne pas accepter ce qui se prépare pour le budget 1997 et la modernisation de la Sécu. Elle voudrait sentir plus de fermeté de ses alliés. La fédération de Namur a publié jeudi soir un communiqué qui dénonce la frilosité de la FGTB nationale, et l'invite à cesser d'être sur la défensive.

Que le gouvernement se prépare à ne guère tenir compte des volontés des syndicats est, pour Urbain Destrée, une évidence. Le CVP ne veut pas amener la fiscalité au-dessus du seuil atteint quand il gouvernait avec les libéraux! On trouve toutes les excuses pour ne pas toucher aux revenus du capital, et aucune pour ne pas augmenter chaque année l'essence de 2 F, sans distinction de revenus et sans effets sur l'indice des prix trafiqué.

Faute de recettes, c'est la Sécu qui va payer. La modernisation devient une chasse aux milliards, à court et à long terme. Les orientations en matière de pensions sont particulièrement imbuvables pour la FGTB wallonne. Les syndicats avaient dit, tous, que l'harmonisation du calcul entre les sexes ne pouvait pas se faire sur le dos des femmes. C'est pourtant ce qui va se passer. On veut plafonner la prise en compte des années assimilées, réduire le coefficient revalorisateur des années antérieures à 1974. Bref, dès l'an prochain, des nouveaux pensionnés vont toucher 3.000 ou 5.000 F de moins que ce qu'ils auraient pu attendre de leur pension légale. Alors qu'on ne touche pas aux assurances-groupe et aux assurances individuelles, au contraire.

Ajoutons qu'Urbain Destrée croit à un accord interprofessionnel 1997-98 tout à fait minimal. Les patrons préparent l'échec de tout accord ambitieux pour l'emploi. Mais ils ne prendront pas le risque de refuser de reconduire les 0,20 % de la masse salariale pour la formation, les 0,05 % pour les crèches et garderies, et le paiement du double pécule pour le troisième jour de la quatrième semaine de vacances.

THIERRY EVENS