« Rendre la Meuse aux Liégeois »

MATRICHE,JOEL

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Vendredi 8 octobre 2010

Urbanisme Le long du fleuve, aménagement d’un inédit boulevard urbain

C’est un chantier sans précédent que devrait ouvrir, entre 2012 et 2014, le Service public Wallonie le long de la Meuse liégeoise, entre le pont de Fragnée et le giratoire du boulevard Piercot : 12.750.000 euros ont été réservés par le Feder et le SPW pour transformer cette autoroute qui ne dit pas son nom en un convivial boulevard urbain. Une première séance publique d’information était organisée mercredi soir au palais des congrès.

L’enjeu est donc, en profitant du réaménagement annoncé de l’axe courant de la gare des Guillemins au parc de la Boverie puis à la rive droite de la Meuse, de remodeler les bords du fleuve en ôtant à la voiture de son arrogance au profit des cyclistes et des piétons, en facilitant l’accès aux quartiers de Fragnée et des Guillemins, en imposant une politique de stationnement qui favorise ces mêmes habitants. « Et le projet prévoit un éventuel passage du tram avenue Blonden et rue Paradis », complète le directeur des routes liégeoises au SPW, Dominique Verlaine.

La voie rapide sera remplacée par deux chaussées de deux bandes de circulation chacune, ponctuées de six carrefours avec feux de signalisation entre le pont de Fragnée et Piercot. Des aménagements routiers et des places de parkings dessinées le long de ces voiries participeront au ralentissement du trafic, qui ne pourra plus dépasser 50 km/h. Sans équivoque, l’objectif est de réserver l’accès sud de la ville aux Liégeois et à ceux qui leur rendent visite. Et donc de décourager le trafic de transit. Un seul tunnel, permettant le passage sous la rue des Guillemins, sera épargné.

Un nouvel éclairage – froid au bord de la Meuse, chaud à l’intérieur des quartiers –, un élargissement sensible des berges, la création de cheminements adaptés aux usagers lents, la création d’aménagements paysagers et la préservation des platanes centenaires de l’avenue Blonden participeront à la résurrection du quartier. Un paysagiste français, Michel Corajoud (lire ci-dessous), a d’ailleurs été appelé en renfort par le maître d’ouvrage et ses architectes. Dans le même souci de « rendre la Meuse aux Liégeois », des liaisons seront aménagées entre les quartiers et la rive du fleuve, les Terrasses seront valorisées et le parking de l’Héliport sera sensiblement réduit : le tarmac conservé sera réservé aux clients du restaurant, le reste sera reconverti en espace vert.

Intervention Feder oblige, les travaux doivent être achevés et payés pour la fin 2014.

Calendrier

2007

Adoption du périmètre de remembrement urbain sur le site des Guillemins.

2008

Intervention du Feder acquise pour l’aménagement de la place, la construction de la passerelle et l’aménagement des quais. Le budget de 30 millions sera pris en charge par l’Europe (40 %) et par le SPW.

Octobre 2010

Lancement de l’étude d’incidences pour la rénovation des quais.

Début 2011

Adoption de l’avant-projet et demande de permis d’urbanisme.

Fin 2011

Octroi espéré du permis et étude du projet puis adjudications.

2012

Ouverture du chantier, qui devrait s’achever dans le courant du second semestre 2014.

« Une scénographie forte »

Entretien

Connu pour l’aménagement des quais de Bordeaux et celui des quais de la Loire à Orléans, le paysagiste français Michel Corajoud participera à la mise en évidence des quais de la Meuse. Avec son collaborateur Yannick Salliot, il a longuement exploré le site liégeois.

Comment avez-vous intégré ce projet ?

Michel Corajoud. Le bureau Greisch nous a appelés, je pense qu’ils avaient aimé notre aménagement des bords de la Garonne à Bordeaux. Ensemble, nous avons proposé d’abandonner l’idée d’enterrer les voiries et d’opter plutôt pour l’aménagement d’un boulevard urbain. L’avantage est que ça va resserrer le tissu autour de la gare, celle-ci va retrouver une situation centrale.

En quoi consiste votre intervention ?

Yannick Salliot. Nous allons travailler sur l’ensemble du site, en faire la synthèse : la manière dont il est traversé par les autos mais aussi la façon dont les gens y vivent et l’utilisent, l’éclairage, les matériaux… Tous les usagers nous intéressent, les automobilistes mais aussi les cyclistes et les piétons, les jeunes et les plus âgés, les riches et les pauvres. Par paysagiste, il ne faut pas entendre quelqu’un qui plante des arbres et sème des fleurs. Ça va bien au-delà, l’objectif est de comprendre des choses complexes, d’en faire la synthèse, de proposer des aménagements.

M. C. Une importance sera bien sûr aussi donnée aux berges de la Meuse, elles ont été négligées et il faut qu’on puisse à nouveau les fréquenter.

Les quais de la Loire, ceux de la Garonne et aujourd’hui ceux de la Meuse. Les fleuves vous inspirent ?

Y. S. Ce sont des paysages qui ont de l’ampleur, qui ont beaucoup d’amplitude et d’horizon, qui permettent des scénographies fortes et généreuses. Ils ne peuvent donc qu’intéresser les paysagistes. La courbe de la Meuse, à cet endroit, est d’ailleurs un des points forts du site, qu’il faut mettre en valeur.