Les éoliennes se font citoyennes
RIZZA,ETTORE; MARECHAL,GISELE; DURIEUX, SANDRA
Page 19
Mardi 18 janvier 2011
Energie Le parc de Dour-Quiévrain compte désormais quatorze moulins à vent
politiques.
Au nom de la société Ventis promotrice du parc, Pierre Mat se félicite de ce parc citoyen : « Il couvre désormais largement la consommation des ménages de Dour et Quiévrain. L’idée d’une coopérative nous a d’emblée séduits. »
Présentation : du haut de leurs 139 mètres (dont 40 mètres de pales), les éoliennes citoyennes Enercon E82 déploient chacune une puissance de 2,3 mégas watts. Soit assez d’énergie pour alimenter chacune 1.350 foyers.
Sous le chapiteau dressé pour l’inauguration, les invités n’ont pas boudé leur plaisir sous un vent idéal – qui trahissait, ironie du sort, une panne temporaire d’un des deux moulins citoyens. « J’ai acquis une part voilà un mois, à l’occasion d’un salon sur l’énergie renouvelable, se réjouit Philippe Dutrieu, coopérateur bruxellois. Mon but est essentiellement symbolique : je veux me réapproprier l’énergie. » Même les plus démunis auront l’occasion de devenir souscripteurs, comme l’explique Bob Kabamba, président (Écolo) du CPAS de Dour. « Le centre public va prendre des parts auprès d’Émissions Zéro, parts que nous diviserons de manière à permettre aux citoyens les plus modestes de s’approprier eux aussi, ces moulins à vent. »
Vendredi, pas mal de coopérateurs auprès d’Émissions Zéro avaient fait le déplacement depuis toute la Wallonie pour saluer l’événement. Albert Vicaire, de Seneffe, se promet d’acheter des parts pour chacun de ses enfants. « La participation aux éoliennes est pour moi, une richesse au moins aussi importante qu’un portefeuille bien garni ! »
Ventis : un échec, deux Mat et 17 mâts
Pour Benoît Mat, 42 ans, vétérinaire, la rencontre avec l’énergie éolienne remonte à début 2000 : « J’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes qui avaient construit un parc au Grand-Duché de Luxembourg. J’ai été bluffé. Je me suis dit : c’est ça que j’ai envie de faire ! Pas seulement pour l’environnement : l’aspect paysager me plaisait, la technologie aussi… Pour moi, c’était l’avenir. »
Quelque temps plus tard, le choc pétrolier venait encore renforcer sa détermination. En tant que personne physique, il entreprend alors un projet de parc éolien sur la commune de Celles. Las pour lui, les autorités font marche arrière devant l’hostilité des riverains. « Mon frère, ingénieur commercial, m’a alors dit qu’il ne fallait pas laisser tomber, qu’il fallait créer une petite société à deux. J’ai ainsi continué ma profession de vétérinaire sur le côté, tandis que Pierre s’est consacré uniquement à ça en France, où il vivait à ce moment-là. Très rapidement, un projet s’est concrétisé, les procédures administratives en France étant alors beaucoup plus rapide qu’en Belgique. »
En 2005, la SPRL décroche son premier succès en Hainaut avec le permis du parc éolien de Dour-Quiévrain, qui vient d’être étendu pour la 2e fois (sept éoliennes sur douze lui appartiennent). Viendront ensuite ceux de Quévy (cinq moulins sur les neuf) et de Tournai-Antoing-Brunehaut (sept, dont deux « citoyens »). Ces dernières éoliennes seront bientôt opérationnelles.
Citoyens ? C’est devant les levées de boucliers de riverains que les deux gérants ont eu l’idée d’en faire des associés : « Ne pouvant pas leur vendre l’électricité moins cher – nous ne sommes pas distributeurs –, on s’est dit qu’il fallait proposer aux gens d’investir avec nous pour récolter des dividendes. Cela nous aurait pris trop de temps de monter notre propre coopérative. On s’est donc raccrochés à l’initiative “Emissions Zéro”, qui espère pouvoir un jour distribuer de l’électricité verte à ses coopérateurs. »
Prochains défis : l’extension du parc de Quévy, pour lequel un permis portant sur douze nouvelles éoliennes a été sollicité, mais aussi un projet de quatre moulins à Frasnes, un autre à Esplechin… « Nos plans de développement s’articulent sur trois axes : continuer à mener des projets en Belgique – mais on arrivera vite à saturation ; se développer à l’international ; et se lancer dans la biomasse et la biométhanisation », souffle Benoît Mat.
A Leuze, Clef voit pousser son éolienne
Le projet est porté par trois partenaires : l’intercommunale de développement économique Ideta, Electrabel et la société anonyme Parc éolien de Leuze-en-Hainaut. Cette dernière est composée d’une société privée qui détient trois éoliennes et d’une coopérative citoyenne baptisée « Clef » qui doit prendre en charge une éolienne. « Si Electrabel et Ideta n’ont pas connu de problème de financement, nous avons subi les effets de la crise et de la méfiance des banques, explique Fabienne Marchal de la SCRL Clef. La société privée a jeté l’éponge et la coopérative s’est retrouvée avec quatre éoliennes à financer au lieu d’une. Finalement, Electrabel a repris à sa charge les trois pieds et Ideta s’est engagé à préfinancer notre éolienne. Nous nous sommes engagés à trouver les financements nécessaires à notre éolienne d’ici à sa mise en service soit en septembre 2011. »
Les 3,2 millions d’euros nécessaires à cette éolienne citoyenne seront financés par des prêts bancaires mais aussi par les souscriptions des coopérateurs. Les 180 actionnaires de Clef ont à ce jour recueilli 365.000 euros et voudraient atteindre les 500.000 euros pour faciliter le financement des banques.
En pratique
« Nous ne sommes ni bluffeurs ni arnaqueurs. Ça marche ! », lance Bernard Delville, le fondateur du concept d’éolienne citoyenne, qu’il a concrétisée voilà 10 ans grâce à « Vent d’Houyet ». Cette ASBL a développé le concept et a fondé sa propre coopérative, « Émissions Zéro ». Agréée en octobre 2007, c’est elle qui lance des souscriptions publiques de 260 euros pièce. Le citoyen qui en acquiert pourra, après trois ans, toucher un dividende légalement limité à 6 % par an et par pièce. Mais l’intérêt est surtout écologique, sous forme de perception d’avantages en nature, comme des chèques-électricité ou des produits et services liés aux économies d’énergie.
À ce jour, Émission Zéro a permis de concrétiser trois éoliennes à Houyet, deux à Dour-Quiévrain et deux à Tournai-Antoing-Brunehaut. D’autres projets sont en cours d’élaboration en Wallonie.
Articles similaires :
- Energie Le parc de Dour-Quiévrain compte d...
- Dour-Quiévrain Les citoyens pourraient dev...
- Saint-Ghislain La Ville porte un projet de...
- Honnelles/Dour - Polémique Vents contraire...
- Dour-Quiévrain Un million d'euros injectés...
- Dour Eolienne du champ de la Cense : Premi...
- Dour Le parc va s’agrandir : Eolienn...
- Tournai Feu vert pour un parc éolien : Ven...
- Tournaisis Projet d'implantation d'un parc...
- Dour - Le parc éolien en zone « vierge » d...
- DOUR-QUIéVRAIN : Extension du parc éolien ...
- Antoine motive les sept éoliennes...
- Quiévrain : De sept à onze mâts au champ d...
- Les éoliennes reçues 7 sur 10 -- « Malgré ...
- DOUR-QUIÉVRAIN : Bientôt une éolienne cito...
- Tournai Projet d’implantation d̵...
- DOUR-QUIÉVRAIN : OK pour 4 éoliennes de pl...
- Energie A peine inauguré à Saint-Maur, le ...
- Inauguration du premier parc éolien en Hai...
- Energie Un air de Vents d’Houyet dan...
