Vincent Engel, l'écriture comme architecture Portrait - Prix Rossel des jeunes 2001 pour « Retour à Montechiarro », roman historique, l'auteur nous offre la dernière nouvelle de l'été. Un texte amusé, entre chanson d'amour et Histoire Les consignes

DE DECKER,JACQUES

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Vendredi 20 août 2004

Le rescapé de l'été

Vincent Engel, l'écriture comme architecture

Portrait - Prix Rossel des jeunes 2001 pour « Retour à Montechiarro », roman historique, l'auteur nous offre la dernière nouvelle de l'été. Un texte amusé, entre chanson d'amour et Histoire. Jacques de deckerQuadra depuis peu, Vincent Engel est un de nos écrivains majeurs. En quinze ans, il a édifié une oeuvre d'une intelligence et d'une cohérence hors du commun. Cet intellectuel exigeant, professeur à l'Université de Louvain, n'a, de plus, et le mérite est grand, jamais coupé les ponts avec le grand public. Cela ne se vérifie pas seulement par les billets d'actualité qu'il publie régulièrement dans nos colonnes, mais par l'accueil fait à ses romans : cet été paraissent en Livre de Poche « Oublier Adam Weinberger » et « Requiem vénitien ». Rien de plus normal : « Retour à Montechiarro », dans sa version poche, avait cartonné. Engel, qui a les talents à la hauteur de son ambition, réussit à résoudre une équation redoutable : rendre la grande littérature populaire.

A voir se déployer son oeuvre en perspective, on en mesure les enjeux, qui s'échelonnent avec une logique sans faille. Il débute avec des essais fondateurs, l'un consacré à Elie Wiesel, l'autre au titre éloquent (« Pourquoi parler d'Auschwitz ? « ) qui placent immédiatement la barre très haut : il s'agit d'interpeller la littérature à l'aune du grand défi de l'indicible. L'autre vaste chantier qu'il entame est formel : il va se consacrer avec passion et entêtement à la nouvelle, dont il décoche quelques recueils au départ d'un éditeur québécois, L'instant même, et qu'il va entreprendre d'étudier systématiquement, en organisant d'abord un festival (en 1993) et en mettant en place un centre de recherche.

Mais le roman, il l'aborde très vite, une fois encore par la voie oblique, puisqu'il signe « La vie oubliée » d'un nom d'emprunt, Baptiste Morgan, qui est par ailleurs celui d'un de ses personnages. Après quoi vient la grande offensive : en 2000 paraît « Oublier Adam Weinberger », roman magistral qui le profile au premier rang des jeunes auteurs d'aujourd'hui. Et à partir de là, les titres s'alignent au sein d'une fascinante constellation fictionnelle dont chaque élément fait écho à l'autre, esquissant une admirable architecture d'ensemble. Tout récemment, il donnait une lumineuse fable politique, « Les Angéliques ». Et l'édifice est loin d'être achevé !

1963. Naissance à Uccle. Son père, d'origine polonaise, émigré en Belgique, a combattu dans la RAF. Sa mère succombera prématurément à une grave maladie. 1980. Entame des études de lettres à l'UCL après avoir terminé son cycle secondaire au jury central. Sa licence décrochée, il obtient son doctorat, tout en entamant sa carrière universitaire. 1989. Publie « Fou de Dieu ou Dieu des fous » (De Boeck) et ses premiers recueils de nouvelles. 1993. Organise, à l'UCL, le festival « L'année nouvelle » qui comporte notamment l'édition d'une anthologie francophone. Pour son recueil « Légendes en attente », il est finaliste du prix Rossel. 1995. Remporte le prix Renaissance de la nouvelle pour « La vie malgré tout » (L'instant même). 1998. Signe son premier roman, « La vie oubliée », du pseudo Baptiste Morgan. 2000. Parution, sous son nom, d'« Oublier Adam Weinberger » (Fayard). Depuis, les romans se succèdent, suivis par un public sans cesse croissant. « Retour à Montechiarro » (Fayard), prix Rossel des jeunes 2001, a atteint les 30.000 exemplaires.

Les consignes

Lauréats des derniers prix Rossel ou Rossel des jeunes, les six auteurs qui nous offrent une nouvelle cet été ont tous été priés de respecter les trois mêmes consignes : leur histoire doit se dérouler entre le 1er juillet et 31 août ; à la mer, à la montagne, près d'un lac, sous tente ou dans un palace, bref, en villégiature. Elle doit en outre faire allusion, en tout ou en (infime) partie, aux Jeux olympiques - ceux d'Athènes 2004 ou d'autres, historiques ou imaginaires. Comment Vincent Engel a-t-il mis ces règles à sa toise ? Réponse ci-après...