VIOLENCE DANS LES BALS AU PAYS DE HERVE DIX "COMMANDEMENTS" POUR BRISER LE "CIRCUIT DES BAGARRES"

CONRAADS,DANIEL

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Samedi 25 avril 1992

Violence dans les bals au pays de Herve

Dix «commandements» pour

briser le «circuit des bagarres»

Sur le plateau de Herve et, dans une moindre mesure au pays des Trois Frontières, la «fièvre du samedi soir» ne fait pas seulement penser à John Travolta; elle recouvre aussi une inquiétante réalité: les bagarres qui émaillent souvent les bals de ces localités du nord-est de la province.

Des échauffourées gâchent, en effet, régulièrement l'ambiance des soirées dansantes organisées du côté de Herve, Battice, José... Et ces incidents prennent parfois une allure très violente. C'est ainsi, par exemple, que le 4 janvier, à Bruyère-Battice, des bagarreurs s'en sont pris à deux gendarmes qui tentaient d'intervenir et se sont emparés de leurs armes. Un de ces deux représentants de l'ordre a même eu une fracture du crâne suite à un coup de pied!

Cette «fièvre du samedi soir» a atteint une telle ampleur que certains disc-jockeys incluent les prestations de sorteurs (que l'on préfère appelés «surveillants») dans l'éventail des services qu'ils proposent aux organisateurs de bals. Nous sommes situés dans une zone tampon. Des bandes de jeunes venant de la banlieue liégeoise ou de l'agglomération verviétoise viennent souvent se défouler dans notre région où l'on organise de nombreux bals dont l'accès est plus aisé que les discothèques et les night-clubs des villes voisines. Ces bandes, parfois rivales, viennent donc se mesurer chez nous, explique F. Huybrichts, le commissaire de police de Herve.

Les autorités judiciaires ont déjà pris des mesures de dissuasion à l'encontre des jeunes bagarreurs. C'est ainsi que le 28 mars dernier, la gendarmerie de Verviers et la police communale de Herve ont mené une spectaculaire action de prévention à Battice. Ce soir-là, des barrages ont été aménagés sur les axes routiers menant vers le centre de ce village de l'entité hervienne et l'on a procédé à des contrôles particulièrement poussés. Quarante-trois personnes ont été emmenées à la gendarmerie de Verviers d'où elles ont été relâchées dans le courant de la nuit. Les représentants de l'ordre ont aussi saisi une singulière collection d'armes prohibées (une quarantaine d'«objets», au total, dont des bâtons, des matraques, des couteaux à lames repliables, des pieds de tables «garnis» de boulons, des nerfs de boeuf, des amortisseurs transformés en matraques, des battes de base-ball...).

Les bourgmestres des onze communes du plateau de Herve, de la région des Trois Frontières et du Nord de la communauté germanophone se sont, eux aussi, penchés sur le problème de ce «circuit des bagarres». Ils ont constitué, avec les responsables de la gendarmerie et des diverses polices communales, un «comité de concertation» qui s'est réuni trois fois.

A l'issue de leur troisième séance de travail s'est tenue, vendredi en fin de matinée, à Sippenaeken, les maïeurs ont élaboré un règlement de police en dix points pour essayer d'empêcher les échauffourées lors des bals du samedi soir. Ces dix «commandements» fixent notamment diverses conditions à respecter pour pouvoir organiser des soirées dansantes: aménager un vestiaire où il faudra laisser tous les objets susceptibles se muer en armes occasionnelles, disposer d'un éclairage suffisant, ne servir des boissons que dans des récipients en plastique, ordonner la fermeture à 2 heures du matin...

Ce règlement va maintenant être transmis, pour avis préalable, à la députation permanente. Il sera ensuite soumis pour approbation à chaque conseil communal des onze entités concernées.

D. C.