Vishay se décompose

BELGA; VERSTRAETEN,GUY

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Vendredi 12 octobre 2007

Evere Plus de 90 travailleurs sont concernés par la fermeture

Le fabricant de composants électroniques a annoncé l’arrêt total de la production pour la fin 2008.

L’avenue Franz Guillaume, à Evere. Quelques drapeaux belges, agrippés aux balcons des immeubles, font face à l’usine Vishay, spécialiste en composants électroniques (puces pour GSM, etc.).

Plusieurs bâtiments tournent à vide. A vrai dire, le site semble désolé. Pas étonnant. Depuis l’âge doré où Philips y employait 600 personnes, les restructurations se sont succédé comme des enfants princiers. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 110. Mais pour combien de temps encore ? La direction de l’usine a fait tomber le couperet hier matin : en conseil d’entreprise extraordinaire, elle a annoncé l’arrêt de la production à Evere. En clair, d’ici décembre 2008 (la fermeture se fera par étapes), 91 des 110 travailleurs du site devront se chercher de nouvelles perspectives. Les 19 restants seront chargés de faire vivre le centre de compétence.

« Un coup sur la tête »

Vishay, multinationale américaine, s’en ira donc produire ailleurs. En Israël et en Allemagne. Délocalisation ? « Ici, nous leur coûtons plus de 30 euros à l’heure. En Israël, les ouvriers sont payés six fois moins », lance Houssain Koutar, délégué syndical CSC. Sur le parking, deux travailleurs se préparent à prendre leur service. « Ça va ? », risque un délégué syndical. « Ça pourrait aller mieux. J’ai entendu les informations », répond l’ouvrière. Sur son visage, un sourire. Qui ne trompe personne.

Les syndicats, eux, sont plutôt zen. Résignés. « Officiellement, ils vont chercher des solutions pour sauver l’emploi. Mais officieusement, ils nous ont dit que la décision était prise. Chercher le meilleur plan social possible est désormais notre objectif », avoue Abel Gonzalez (FGTB).

Confirmation chez Wielfried Renders, le patron du site : la forme sera respectée, mais la décision est prise. Inéluctable : « Sur les dernières années, il y a eu une hausse des résultats d’exploitation, mais pas suffisante pour arriver à l’équilibre financier. »

Vishay a pris ses quartiers à Evere en 2003. En écrémant une bonne partie du personnel préexistant. Les travailleurs rescapés (les derniers licenciements datent de 2005) pensaient que le plus dur était passé. « Je suis là depuis huit ans, soupire Amina. On a reçu un coup sur la tête. Il y a eu des pleurs car même si la rumeur courait, on nous assurait que tout allait bien. »

Jusqu’à ce que les syndicats découvrent des bilans peu glorieux. « En grattant bien, nous avons même découvert que 8,9 millions d’euros de provision étaient affectés à la restructuration de l’entreprise dans le précédent bilan. C’était donc prémédité », explique Hassan Ouammou (CSC). Ce vendredi sera jour de grève.

Arrêt de travail chez Illospear

Un arrêt de travail est observé depuis mardi chez Illospear, une société uccloise qui imprime des étiquettes pour bouteilles de bière et de limonade. Basée rue du Château d’Or, la société emploie une centaine de travailleurs. « La direction dit que l’entreprise se porte mal mais ne présente aucun plan. Elle a juste annoncé avant les vacances sa volonté de licencier une dizaine d’employés. Selon nous, une quinzaine voire une vingtaine d’ouvriers sont également menacés », a déclaré Filip Dierkens (Setca). « Il y a quelques années, l’entreprise comptait encore plus de 400 travailleurs. Mais l’arrivée il y a quinze jours d’un nouveau directeur n’est pas là pour nous rassurer. Depuis, le dialogue est rompu. »

Le département prépresse de la société a été mis en vente. Un repreneur est pressenti. Les syndicats veulent que la société Illospear reste cliente de son ancien département prépresse, chargé de graver et retoucher les cylindres des rotatives, une technique développée en interne.

Le nouveau CEO de la société, entré en fonction il y a une quinzaine de jours, a expliqué qu’il avait pour mission de remettre sur les rails l’entreprise déficitaire qui, durant 25 ans, a connu restructuration sur restructuration. « Un plan de restructuration a été proposé en mars dernier mais il a été retiré. Nous devons actuellement analyser les chiffres avant de nous prononcer. Il n’est pas question aujourd’hui de licenciements. Nous ne pouvons donc fournir tout de suite un plan de restructuration comme l’exigent les syndicats car nous n’en avons pas », a expliqué jeudi Yves De Poorter. Au sujet de la vente de la division prépresse, M. De Poorter a confirmé que des pourparlers étaient engagés avec une société. « C’est une opportunité pour les 16 des 110 travailleurs du site d’Uccle et dont les conditions seront maintenues, de travailler dans une société qui dispose de fonds propres. Nous nous sommes engagés à collaborer avec la société durant plusieurs années. Aucun licenciement n’est prévu », a déclaré M. De Poorter. Qui avertit toutefois. « Mais si la grève devait se prolonger, l’avenir du site d’Uccle serait clairement menacé. » (b)