Visiter la « ligne Maginot » liégeoise

CONRAADS,DANIEL

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Samedi 20 juillet 2002

Visiter la « ligne Maginot » liégeoise

DANIEL CONRAADS

Le tourisme ne se borne pas à offrir aux visiteurs d'agréables moments de détente, il peut aussi susciter la réflexion et raviver la mémoire. La Province de Liège s'est ainsi dotée d'un nouvel outil touristique. Elle joue la carte du « tourisme mémoriel» en s'efforçant de mettre en valeur la ceinture des forts de l'ancienne cité principautaire Cité ardente. Ce 21 juillet, elle organisera donc sa deuxième journée annuelle des forts (lire ci-contre).

Formée de douze édifices militaires conçus à la fin du XIXe siècle par le général Brialmont, le « Vauban liégeois », cette position fortifiée est certes beaucoup moins connue que la «ligne Maginot », mais elle joua un rôle essentiel au début de la guerre 14-18 et, dans une mesure un peu moindre, un quart de siècle plus tard.

Lors du premier conflit mondial, la résistance opiniâtre des forts valut à Liège de recevoir la légion d'honneur qui lui fut remise en 1919 par le président français, Raymond Poincaré. De leur côté, les garçons de café parisiens, séduits par le jusqu'au-boutisme des défenseurs mosans débaptisèrent le « café viennois » en «café liégeois ».

Plusieurs milliers d'hommes (4000 à 5000 en 1914, environ 8000 en 1940) se terrèrent dans ces fortifications pour résister avec des fortunes diverses à l'envahisseur. Cette résistance connut un dénouement particulièrement tragique au fort de Loncin. Le 15 août 1914,un obus allemand y explosa dans un des magasins de poudre entraînant la mort de 350 de ses 500 défenseurs et transforma la forteresse en nécropole puisque beaucoup de victimes y sont toujours ensevelies.

Le fort d'Eben-Emael vécut, lui, un épilogue beaucoup moins dramatique. Cette infrastructure, construite durant l'entre deux guerres, était considérée comme le fleuron des forts liégeois et réputée imprenable. Et, pourtant, en mai 1940, les Allemands ne mirent que quinze minutes pour la neutraliser en transportant leurs troupes dans des planeurs qui utilisèrent la superstructure du fort comme terrain d'aviation !

Le fort de Tancrémont n'était pas, lui, considéré comme une des pièces maîtresses du dispositif. Cependant, il ne rendit les armes que le 29 mai, soit un jour après la capitulation belge !

Ces souvenirs et bien d'autres seront évoqués lors de cette journée annuelle qui, outre onze forts (en bon état de conservation grâce au travail inlassable de quelques poignées de bénévoles), propose trois autres étapes aux visiteurs. Ils pourront, en effet, arpenter le fort de Huy, qui ne joua aucun rôle militaire, mais fut transformé par l'occupant en prison où furent détenus 7000 prisonniers politiques, otages et résistants. Les participants pourront aussi accéder au Mémorial Interallié, édifice érigé en guise de reconnaissance internationale à la résistance liégeoise de 1914 qui compte dans son enceinte plusieurs monuments offerts pas huit nations alliées. Enfin, la journée peut être utilement complétée par un passage par les «Territoires de la mémoire », le centre d'éducation à la tolérance et à la résistance de Liège dont le parcours symbolique convie les visiteurs à un voyage poignant au coeur de l'univers concentrationnaire nazi.

De son côté, la Société archéologique de Visé organise, ce même 21 juillet un circuit vidéo de 120 km pour expliquer l'invasion des troupes allemandes, la résistance belge et le triste sort de Visé, première ville martyre de la guerre 14-18 sur laquelle - les Allemands rendus furieux par la résistance inattendue des forts de Liège- s'acharnèrent en y brûlant 600 maisons.·

REPÈRES

Participants. Les forts d'Aubin-Neufchâteau, Barchon, Battice, Eben-Emael, Embourg, Flémalle, Hollogne, Lantin, Loncin et Tancrémont ainsi que celui de Huy seront visitables entre 13 et 17 heures. Le Mémorial interallié de Cointe et les Territoires de la mémoire seront accessibles de 13 h 30 à 18 heures. Il n'est évidemment pas indispensable de visiter chacun de ces forts. On peut se contenter d'en découvrir l'un ou l'autre.

Entrées. Le droit d'accès est différent pour chacun des forts. Il oscille entre un et cinq euros pour les adultes.

Documentation. A l'occasion de cette Journée des forts, la Fédération du tourisme de la province de Liège édite une nouvelle version de la carte intitulée « Les chemins du souvenir », tirée à 50.000 exemplaires, ainsi qu'une nouvelle brochure sur l'histoire de ces forts, tirée, elle, à 10.000 exemplaires. Ces deux documents sont gratuits.

Rallye historique. Le Chlam (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaire) organise depuis mai et jusqu'au début septembre un rallye touristique qui a trait aux forts construits autour de Liège par le général Brialmont entre 1888 et 1891. Ce parcours passe par douze forts et s'accompagne d'un questionnaire de cinquante questions.

Infos. Fédération du tourisme de la province de Liège : 04.232.65.10. E-mail : ftpl@prov-liege.be.