WASHINGTON A LEGEREMENT ASSOUPLI L'EMBARGO COMMERCIAL IMPOSE AU VIETNAM MAIS NE L'A PAS LEVE CLINTON MAINTIENT LA PRESSION SUR..

AFP

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Mercredi 15 septembre 1993

Washington a légèrement assoupli l'embargo commercial imposé au Vietnam mais ne l'a pas levé

Clinton maintient la pression sur Hanoi

Les États-Unis ont opté pour une normalisation à petits pas de leurs relations économiques avec Hanoi.

L'embargo commercial imposé au Vietnam par Washington a été maintenu lundi par le président Clinton, qui a toutefois autorisé les entreprises américaines à participer à des projets de développement au Vietnam alimentés par des institutions financières internationales, comme le Fonds monétaire (FMI) et la Banque mondiale. En juillet, les États-Unis avaient donné le feu vert à la reprise des prêts du FMI au Vietnam.

L'aménagement de l'embargo a été décidé par Washington pour tenir compte des mesures prises récemment par le Vietnam dans le dossier des soldats américains portés disparus pendant la guerre. En prorogeant pour une nouvelle année les principales dispositions de l'embargo, a indiqué la Maison-Blanche, le Président souhaite faire savoir clairement au Vietnam qu'il est nécessaire de faire plus pour permettre un décompte complet des prisonniers de guerre et autres soldats portés disparus (les «POW-MIA», «Prisoners of War - Missing in Action»). Plus de 2.200 Américains sont encore portés disparus au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Seuls les restes de 519 d'entre eux ont été remis aux autorités américaines après la signature du traité de paix en janvier 1973.

UN HÉRITAGE DE LA GUERRE

Bill Clinton, dont la décision était attendue avant mardi, avait souligné à plusieurs reprises que l'amélioration des relations entre Washington et Hanoi dépendait de l'attitude du gouvernement vietnamien sur le dossier des disparus et sur la situation des droits de l'homme dans ce pays. Pour d'évidentes raisons électorales, le président américain doit tenir compte de l'influent groupe de pression des anciens combattants du Vietnam qui, comme les familles des MIA, sont en majorité hostiles à la levée de l'embargo, de crainte de perdre le principal moyen de pression sur le Vietnam pour faire avancer leur cause.

Hanoi a accueilli fraîchement mardi la décision de la Maison-Blanche de n'assouplir que partiellement l'embargo. Le geste du président Bill Clinton va dans la direction de la levée de l'embargo, a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Néanmoins, il est regrettable que les États-Unis maintiennent des sanctions [...] qui violent le droit fondamental des nations à se développer, a-t-il souligné.

Les milieux d'affaires américains à Hanoi, qui comptaient sur la levée de l'embargo pour pénétrer le prometteur marché vietnamien, n'ont pas caché leur déception. Ils craignent d'être irrémédiablement pénalisés face à la concurrence asiatique et européenne, particulièrement dans les secteurs des télécommunications, de l'aviation civile et du pétrole. Les Vietnamiens ont tenu leur promesse ces deux dernières années de réserver des places aux firmes américaines. Maintenant, ils n'ont d'autres choix que d'aller prospecter ailleurs, a déploré un consultant américain à Hanoi.

Les institutions financières internationales - FMI, Banque mondiale et Banque asiatique de développement - sont prêtes à débloquer au moins 1 milliard de dollars d'ici à la fin de 1994 en faveur de projets d'infrastructure au Vietnam. Seuls quelques géants américains des travaux publics et de l'ingénierie, comme la Bechtel Corp, pourront en profiter, au détriment de la majorité des autres compagnies.

Certes, les compagnies américaines sont autorisées depuis décembre dernier à ouvrir des bureaux de représentation au Vietnam, mais les contrats signés avec les firmes locales n'entreront en vigueur qu'une fois l'embargo levé.

UN EMBARGO DÉTOURNÉ?

Nous pouvons regarder, mais pas toucher, explique un homme d'affaires américain.

Recevant jeudi dernier à Hanoi une délégation de la compagnie pétrolière américaine Mobil Oil, le Premier ministre vietnamien Vo Van Kiet avait, de son côté, déclaré: Que le gouvernement américain maintienne pour telle ou telle raison l'embargo, ou qu'il en réduise seulement la portée, n'a aucune influence sur la coopération entre firmes vietnamiennes et américaines. (D'après AFP.)