WATERLOO Un guide 1815 a enquêté durant plusieurs années sans jamais avoir trouvé de preuves Des boteresses liégeoises sur la butte en 1826?

MEUWISSEN,ERIC

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Lundi 4 décembre 2000

WATERLOO Un guide 1815 a enquêté durant plusieurs années sans jamais avoir trouvé de preuves Des boteresses liégeoises sur la butte en 1826?

Furent-elles là oui ou non? Ont-elles oui ou non contribué à l'édification en 1826 du haut de la butte du Lion de Waterloo? Elles? Mais les boteresses (porteuses de hotte) liégeoises pardi! Georges Jacquemin (78 ans)a mené l'enquête. Il livre ses conclusions dans un ouvrage qui vient de paraître(1). Durant près de trois ans, l' auteur, cofondateur de la société des Guides 1815, a investigué tous azimuts, interrogé les descendants de témoins d'époque. Il a consulté historiens, écrivains, journalistes et autres personnalités. Il a lu des dizaines d'ouvrages, il a fouiné dans de nombreuses institutions scientifiques, dans les archives judiciaires à Nivelles. Mais nulle part, il n'a trouvé la preuve irréfutable de la présence des hotteuses liégeoises à Waterloo.

Par contre, il s'est forgé au fil de ses recherches une intime conviction. Pour lui, on peut juger vraie (à près de 85%) leur présence durant l'année 1826 à la butte. Et de mettre en avant les fameux historiens Tarlier et Wauters qui attestent de leur présence, mais sans citer leurs sources. Jacquemin tire aussi argument de la forte tradition orale populaire. Et de produire la déclaration sur l'honneur d'un fermier de Plancenoit qui certifie que ses ancêtres ont bien hébergé quatre boteresses liégeoises.

Pourtant les grands spécialistes de la butte ne partagent pas du tout les convictions de Georges Jacquemin. En 1997, Jacques Logie nous déclarait: ces boteresses liégeoises, c'est une pure légende . Elles n'y étaient pas! De même, l'historien Marcel Watelet qui a beaucoup investigé sur la construction de la butte dans les archives hollandaises (et que l'auteur n'a pas interrogé) nous disait: Je n'ai jamais vu aucune mention de boteresses liégeoises ou autres. Mêmes les gravures de l'époque sont muettes: tant que l'on n'aura pas retrouvé les archives des différents entrepreneurs, cela restera un mystère. Et même si des porteurs y ont travaillé, rien ne dit qu'il s'agissait de femmes et de liégeoises de surcroît.

Bref, le débat reste plus que jamais ouvert. La butte est jalouse de ses mystères.

UNE RUE, UNE STATUE,

UN SPECTACLE

Mais ces réserves émises par les spécialistes ne découragent pas l'auteur. Il suggère d'ailleurs en conclusion de son ouvrage que les communes concernées par la problématique (Waterloo, Braine-l'Alleud) seraient bien inspirées de dédier une de leurs artères, place, boulevard, rond-point, parc à ces femmes belges qui ont quasiment sûrement coopéré (selon la formule de Georges Jacquemin) à l'oeuvre d'édification de la butte. Et a défaut d'une «Place des Boteresses liégeoises»..., pourquoi pas une stèle que l'on placerait aux alentours de la butte. Jacquemin va plus loin encore, il suggère qu'à l'occasion des reconstitutions quinquennales de la bataille, de prévoir l'apparition colorée d'une douzaine de jolies boteresses en tenue d'antan, venues de Liège évidemment, escaladant prestement la pyramide jusqu'au sommet et vidant à l'unisson leur bot empli de la terre héroïque.

Mais pour cela il faudrait plus que des convictions. Il faudrait selon nous des certitudes.

ERIC MEUWISSEN

(1) Georges Jacquemin: Les boteresses liégeoises à la butte du lion de Waterloo? (1826). Editions J.M Collet. 277 p.