Wathelet : gare au rachat UPS-TNT

RENETTE,ERIC

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Samedi 29 septembre 2012

Transports Le syndicat des pilotes américains restreint-il l’activité des pilotes européens ?

Après l’association des pilotes belges, c’est le secrétaire d’Etat à la Mobilité, Melchior Wathelet, qui s’inquiète cette semaine des conséquences de la reprise de l’entreprise de courrier express TNT par le géant américain du genre UPS. Une opération qui devrait s’effectuer à travers une OPA estimée à 5,16 milliards d’euros actuellement suspendue pour cause d’enquête des autorités européennes.

Pour rappel, l’Europe a décidé d’approfondir l’enquête classique qu’elle réalise sur les risques de position trop dominante qu’entrouvre toute fusion de sociétés actives dans le même secteur. La nouvelle entité issue de la réunion d’UPS et de TNT, respectivement premier et du quatrième acteurs mondiaux, devrait immanquablement influencer le marché européen.

Chaque pays membre est donc invité à donner son avis. Ainsi que l’aéroport de Liège, invité à être entendu comme partie tierce concernée. C’est là qu’est basée la compagnie aérienne de TNT, la société de droit belge TNT Airways (500 emplois), la deuxième compagnie aérienne du pays en nombre d’avions et de personnel, juste après Brussels Airlines.

Dans une lettre envoyée aux commissaires européens en charge des transports (Siim Kallas) et de la concurrence (Joaquin Almunia), Melchior Wathelet attire à son tour l’attention des autorités en charge de l’enquête approfondie sur l’impossibilité légale, pour une compagnie américaine, de détenir la majorité dans une compagnie aérienne européenne.

Il remarque également qu’« il n’entre pas dans les intentions d’UPS de reprendre, même partiellement, les activités aériennes de TNT Airways, si ce n’est pour une période transitoire de deux ans ».

Plus précisément, il rappelle que des accords syndicaux américains « contraignent l’entreprise américaine à faire opérer toute sa capacité par ses propres avions et pilotes ».

C’est le risque que dénonçait également, en début de semaine, la Belgian Cockpit association (BeCA), qui appelait au soutien politique et relevait qu’UPS compte utiliser uniquement ses propres ressources aériennes pour opérer le travail actuellement effectué par TNT Airways. Sachant que la réciprocité n’est pas de mise : des pilotes européens ne peuvent pas opérer aux États-Unis sans licence américaine conditionnée à l’obtention d’une « green cart » (carte de séjour, très laborieuse à obtenir et impliquant une résidence effective outre-Atlantique).

« Dès lors, résume clairement le secrétaire d’État, il nous apparaît primordial que l’Europe adopte des mesures contraignantes dans le cadre de son approbation de la fusion. (…) Est-il acceptable que des accords sociaux internes à une entreprise américaine sur le territoire américain puissent avoir une telle portée sur le marché de l’emploi européen (…). Il ne s’agit plus dans ce cas d’un problème de droit aérien mais bien d’un problème de concurrence du marché de l’emploi. »

Le sujet du rachat de l’opérateur de courrier aérien néerlandais par UPS commence à agiter le landerneau politique. En réaction à un étrange lobbying (lire ci-contre), le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt s’est déclaré « attentif à ce que la fusion n’ait pas d’impact négatif sur le volume d’activités et d’emplois à l’aéroport de Liège », rappelant au passage qu’il n’était pas dans le rôle d’un exécutif politique de s’opposer à une fusion entre deux sociétés privées.

repère

L’étrange jeu de DHL

Qui est actuellement le plus actif opposant au rachat de TNT par UPS ? Leur concurrent à tous les deux, le deuxième joueur mondial, l’allemand DHL ! On l’a découvert à travers la note du bureau de lobbying Avisa Partners, travaillant pour DHL et qui vise à déterminer une stratégie visant à « pérenniser TNT à Liège ». Une note dont la stratégie finale a été prêtée au gouvernement wallon, ce qui a suscité la prise distance immédiate du ministre wallon Jean-Claude Marcourt (économie). Quel intérêt a DHL à maintenir TNT à Liège alors qu’une partie de sa stratégie actuelle est précisément de démarcher les clients TNT… ? À coup sûr, DHL n’a pas intérêt à voir le premier acteur mondial devenir plus grand encore. Mais il est piquant de constater que la société qui a déménagé sans remords son activité de hub européen de Bruxelles vers Leipzig, agite aujourd’hui l’intérêt de maintenir une activité aérienne en Belgique… Si DHL est opposé à la reprise de TNT par UPS, DHL est-elle disposé à racheter TNT ? L’actionnaire majoritaire de TNT, la poste néerlandaise, veut vendre à tout prix. Pas certain que l’actionnaire principal de DHL, la poste allemande, soit prête à lui offrir 5 milliards de moyens supplémentaires…

chiffre

300

C’est le nombre de pilotes et copilotes employés par la compagnie aérienne TNT Airways pour activer ses 29 avions à travers l’Europe. La 2e compagnie aérienne de Belgique, après Brussels Airlines, compte également 180 employés administratifs, domiciliés au siège de Liege Airport.