Wesphael, à bâbord toute

BOUILLON,PIERRE

Samedi 21 avril 2012

Partis L’ex-écologiste crée le « Mouvement de gauche »

Il l’avait dit, il le fait. Le député wallon Bernard Wesphael, candidat déçu à la présidentielle écologiste de mars, et siégeant désormais comme indépendant, a annoncé vendredi la fondation d’un nouveau parti. Il s’appelle Mouvement de gauche.

Il est décrit dans un communiqué que l’ex-Ecolo a diffusé vendredi, évoquant une formation « démocrate, citoyenne, laïque, écologique et sociale ».

Possible et urgent. En préambule, Wesphael signale avoir noué, ces dernières semaines, des contacts avec « de nombreux acteurs issus de la diversité citoyenne », et qu’il en a tiré « la conviction profonde qu’il est possible et urgent que les Wallons et les Bruxellois, à l’instar d’autres peuples européens, brandissent l’étendard d’une révolution démocratique, pacifique et citoyenne ». Il explique : « L’Europe et notre pays s’enfoncent dans une crise profonde. Nos gouvernements sont sous la coupe des instances bancaires, boursières et financières. Le moment est venu de retrousser nos manches parce que s’indigner ne suffit plus. »

Wesphael propose de rompre avec la « pensée unique et le modèle néolibéral qui régit l’Union européenne et les relations internationales avec la complicité des partis sociaux-démocrates ».

On lit : « Pro-Européen, je ne veux pas de cette Europe dans laquelle 1 % de la population s’approprie les richesses produites aux dépens des 99 % autres. Il y a deux poids, deux mesures. D’une part, l’Etat trouve des milliards pour le système financier ; d’autre part, les grandes entreprises ferment ou licencient à tour de bras. D’un côté, PME et travailleurs ploient sous l’impôt ; de l’autre, les très riches et les sociétés transnationales y échappent. »

Démocrate. Le Mouvement de gauche sera donc démocrate : « L’économie doit être au service de l’homme, pas l’inverse. Les gouvernements sont aux ordres des marchés ; les parlements sont soumis à ces mêmes gouvernements et aux partis. L’équilibre des pouvoirs est rompu. C’est inadmissible en démocratie. Pour changer les politiques, il faut changer la politique : je prône un changement de régime qui replacera le citoyen et le parlement au centre du débat démocratique, mettra un terme à la particratie, dépolitisera l’administration et remettra le monde financier au service de l’économie réelle. »

Citoyen. Wesphael veut valoriser la démocratie participative. Il propose par exemple de soumettre le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (pacte budgétaire européen) à une consultation populaire.

Laïque. Wesphael veut un « Etat neutre et actif ». « D’un côté, il doit veiller à la liberté et au respect des convictions philosophiques et religieuses. De l’autre, il doit garantir un vivre ensemble dans le cadre de l’Etat de droit. Il doit notamment s’assurer que l’expression des convictions religieuses et philosophiques ne trouble pas l’ordre public et ne remette pas en cause l’égalité de tous et de toutes devant la loi. » Wesphael défend la citoyenneté, pourfend la « mitoyenneté ».

Ecologique. Bon sang ne peut mentir : l’ex-Ecolo juge que « l’écologie politique est l’avenir de l’économie ». « Un haut niveau d’exigence écologique protégera l’emploi chez nous ; la condition étant qu’un protectionnisme adapté aux frontières de l’Union compense la concurrence déloyale du moins-disant écologique, fiscal et social de certains de nos partenaires commerciaux. »

Social. Le Mouvement de gauche défendra un « Etat régulateur et protecteur », qui « joue un rôle moteur dans la mise au pas des marchés ». Wesphael juge que le mot sécurité doit être pris globalement et couvrir la « sécurité d’existence » comme « la tranquillité publique » (« chacun doit pouvoir se promener sans crainte, et les actes délictueux doivent être sanctionnés »). Plaidant pour des services publics forts, ce qui demande de l’argent, il propose la « réhabilitation de la progressivité de l’impôt de sorte que 10 % des plus riches ainsi que les multinationales soient réellement mis à contribution. »

Qui ? Combien ? Un congrès fondateur aura lieu en juin – avec adoption des statuts, du programme, etc. La direction provisoire du Mouvement sera présentée à la presse à la mi-mai. En attendant, le Liégeois reste discret sur l’identité de ceux qui l’entourent et ceux qui l’épaulent. Il dit compter « entre 500 et 550 sympathisants déclarés », dont un lot appréciable, semble-t-il, de militants syndicaux.

La parenté est claire avec le parti de Mélenchon. Mais le Liégeois signale qu’il appelait, dès 2005, à une révolution citoyenne. « Je ne suis pas une pièce rapportée. »

Les communales de 2012 sont trop proches. Mais Wesphael compte déposer des listes aux prochaines régionales, européennes et législatives de 2014.

Sans en dire plus à ce stade, Wesphael annonce qu’un mouvement jumeau est en gestation en Flandre.

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