Wesphael ne fait pas peur

COPPI,DAVID

Lundi 23 avril 2012

Partis PS et Ecolo sereins face au « Mouvement de gauche »

Analyse

Solidement composé de quatre grands partis (PS, MR, CDH, Ecolo), le paysage politique francophone est-il immuable ? En l’occurrence, un petit nouveau peut-il émerger à la gauche de la gauche ? A droite, on le sait, Mischaël Modrikamen ne parvient pas à imposer son Parti populaire. A l’autre bout de l’échiquier, Bernard Wesphael tente une percée (Le Soir de samedi). Ecolo et PS, qui « occupent le terrain » selon l’expression, se font-ils du mauvais sang ?

Yvan Mayeur, député socialiste, analyse : « Précisons que nous avons déjà une extrême gauche chehezz nous, avec le PTB, mais que si elle pèse un peu dans les luttes sociales, elle n’a pas de poids électoralement. Ex-maoïste, elle reste trop sectaire, peu crédible. Pour le reste, tout le monde pense à Mélenchon… En oubliant que ce n’est pas là l’aventure d’un seul homme comme on le croit, de son charisme, de sa rhétorique, mais d’une structure solide derrière lui, celle du Parti communiste et du syndicat CGT, qui le soutiennent. Je ne vois pas un tel phénomène – relatif au vu des résultats de dimanche – se produire ici, sauf si la FGTB devait rompre avec l’option sociale-démocrate pour une autre, révolutionnaire. Nous n’en sommes pas là. »

Yvan Mayeur complète : « En plus, le discours radical à la Mélenchon est porté par certains à l’intérieur même du PS. J’ai défendu des positions que l’on retrouve chez le Français, comme, par exemple, l’idée que la Banque centrale européenne doive prêter aux Etats directement, non plus aux banques. Notre mode de scrutin oblige mon parti à faire des compromis, mais, je l’ai dit, le discours radical vit au sein du PS. »

Député européen socialiste, Marc Tarabella ne croit pas, lui non plus, qu’une formation puisse s’imposer à la gauche du PS, comme c’est le cas ailleurs sur le Vieux Continent, en France, mais aussi en Allemagne, où Die Linke côtoie le SPD, ou en Een Espagne, avec Izquierda Unida : « Toute tentative démocratique est respectable, mais quel effet cela aurait-il sinon celui de divisee ér le camp de gauche ? Du reste, le PS occupe bien sa place sur l’échiquier. Voyez comment nous défendons l’index. Vous savez, ce que nous appelons l’“Action commune”, liant PS, FGTB et Mutualités socialistes, est un gage de force à gauche. Qui voudrait déstabiliser tout cela ? » Bernard Wesphael ? Marc Tarabella ne ménage pas l’ex-Ecolo : « Sa démarche part d’une déception personnelle après son échec dans la course à la présidence d’Ecolo, d’une motivation négative ».

Le PS s’affiche serein, Ecolo l’est-il un peu moins ? Les verts ont-ils plus à craindre de la démarche de leur ex-député, et plus généralement de l’implantation de « quelque chose » à leur gauche ?

Benoît Hellings, qui, en duo avec Muriel Gerkens, obtint 45 % des suffrages face à l’équipe Deleuze-Hoyos, conseille à Ecolo de « toujours veiller à être en phase avec la société, avec les peurs et les aspirations des citoyens, toutes marquées par la gravité de la crise économique ». Le vert précise : « C’était notre option dans la campagne interne : produire une critique offensive du système. C’est l’une des fonctions d’Ecolo. Et la façon avec laquelle Olivier Deleuze et Emily Hoyos ont pris les choses en mains – je pense notamment à leurs interviews dans la presse –, cela nous rassure complètement. Pas de doute. » A entendre Benoît Hellings, il n’y a pas de brèche pour une « autre » gauche. Pour celle, présumée à ce stade, de Bernard Wesphael. Ou celle, extrême, du PTB, même si celle-ci inquiète les verts dans certaines régions, comme à Liège.

Eric Biérin, porte-parole d’Ecolo, conclut : « Non, nous n’avons pas peur. Parce que, sur le “marché” politique, Ecolo est le seul parti anti-productiviste, qui propose “autre chose”. On a même, dirais-je, un “monopole” là-dessus. Prenez Mélenchon : son discours est fondé sur la croissance, il est pro-nucléaire, conventionnel à cet égard… D’où aussi, notre critique du projet de plan de relance au fédéral, qui sera, en fait, un plan de relance du boomerang. »

Eric Biérin : « Non, ce qui pourrait éventuellement représenter un danger pour Ecolo, c’est la naissance d’un parti écologiste alternatif au nôtre. Mais c’est un tout autre cas de figure. »