XTC DEFOSSILISE,VENU PRESENTER SA COMPIL', ANDY PARTRIDGE SE VEUT RASSURANT:XTC EXISTE TOUJOURS,DES ORANGES ET DES CITRONS

COLJON,THIERRY; PIRAUX,SYLVAIN

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Mercredi 25 septembre 1996

XTC défossilisé

Venu présenter sa compil', Andy Partridge se veut rassurant : XTC existe toujours

Les gamins, ces trois lettres ne doivent pas leur dire grand-chose, du moins si on leur parle d'un groupe pop anglais, pas de pilule extasiante. XTC est pourtant un groupe qui fait encore trembler d'excitation beaucoup de leurs aînés pour qui le groupe londonien a tout inventé avant d'influencer la vague d'«english pop» qui nous a amenés aux Suede, Blur, Pulp, Oasis, Sleeper, Cast, etc. d'aujourd'hui. Mais XTC, c'était tout de même autre chose, c'était de la pop aux mélodies sinueuses, aux arrangements tordus, à l'humour doublé de considérations artistiques relevées. Mais cela faisait quatre ans qu'on était sans nouvelles du groupe. Il y avait bien eu les Dukes Of Stratosfear ou la collaboration d'Andy Partridge avec Harold Budd (« Through The Hill», il y a deux ans) mais point d'XTC :

On était en grève depuis quatre ans, nous a raconté Andy, tellement le contrat avec Virgin nous était défavorable. C'était un «deal» pathétique et horrible. On a dit assez, c'est assez. Ils ont fait suffisamment d'argent sur notre dos. On a passé toute notre existence à être endetté. Ça devait arrêter. Ils ne voulaient ni modifier les termes du contrat ni nous libérer, alors je leur ai dit que je ne ferais plus de musique. J'ai commencé à emmagasiner des chansons puis j'ai vécu quelques drames : j'ai attrapé un virus à l'oreille en 1993, je suis resté sourd d'un côté tout un temps, j'ai beaucoup souffert. J'ai ensuite divorcé, ce qui est également dramatique. Puis j'ai fait grève, j'ai eu d'autres problèmes de santé, j'ai été ruiné, blablabla... Mais il y a six semaines, Virgin a dit O.K. Ils en ont eu marre de l'odeur de pourriture de cette affaire, je pense.

Je tiens cependant à rassurer nos fans : si nous n'avons plus de firme de disques pour le moment, cela ne nous empêche pas d'avoir sous le coude 35 chansons, les meilleures que nous ayons jamais écrites et elles sont prêtes à être enregistrées, les démos sont là.

Andy tient donc absolument à ressusciter XTC et reprendre l'aventure là où il l'avait laissée en 1992. Sentimental, notre Andy ?

J'aime aussi la musique anonyme, ce que n'est plus le groupe mais XTC est devenu une sorte de garantie de qualité, c'est comme un vin millésimé. Les gens ont changé mais la musique est la même. La pop d'aujourd'hui est la même qu'avant. Pour nous, on reprend là où on s'est arrêté. Tout en évoluant, comme on a toujours fait au fil des albums.

Il n'y aura pas de compétition avec les autres groupes car nous sommes du Moyen-Age. Les gosses de 22 ans n'achèteront pas notre disque car on n'a pas leur âge. Il faut être réaliste.

DES TALKING HEADS

À TERRY HALL

XTC a donc simplement besoin d'un peu d'argent et d'un « deal» honnête. Andy, entre-temps, ne s'est pas tout à fait tourné les pouces en se morfondant sur l'avenir du groupe puisqu'il a tout de même récemment écrit des chansons avec Chris Difford de Squeeze ou pour les prochains Talking Heads, Cathy Dennis et Terry Hall :

C'est parce que je ne pouvais pas enregistrer sous mon nom. C'est moi qui devrais inscrire le mot «slave» (esclave) sur la joue, ou le mot Prince alors. Le disque «ambient» avec Harold Budd, pour moi ce n'était pas surprenant, ça a toujours fait partie de ma musique, si vous écoutez nos premiers simples. J'aimais toujours mettre en face B des trucs un peu instrumentaux comme ça. En 1979, j'avais fait un album solo dub («Take Away»...

Les Talking Heads ont mon morceau mais là ils ont de gros problèmes avec David Byrne qui les poursuit en justice pour utilisation abusive du nom du groupe. D'après ce que je sais, le nom ne lui appartient pas. C'est du moins ce qu'ils m'ont dit. Et comme la carrière solo de Byrne se porte mal, il aurait même demandé à revenir dans le groupe mais les trois autres ont refusé. Tout ça ne fait pas mon affaire car ma chanson est du coup bloquée.

Cathy Dennis, c'est son manager qui lui a dit qu'elle devrait demander aux meilleurs songwriters anglais, ils ont pensé à Ray Davies et à moi. Ils m'ont pris deux chansons.

Avec Chris et Terry, c'est pareil. Je ne pouvais rien faire d'autre à l'époque pour publier mes chansons. D'ailleurs, je profite de ce journal pour demander à Terry de me dire où il est et ce qu'il compte faire des deux chansons. Car je ne sais pas où il vit, j'ai perdu sa trace...

Il devait aussi y avoir des trucs avec McCartney mais pour plein de raisons, ça n'a débouché sur rien.

Nous avons demandé ce qu'était sa définition de la pop music :

Trois minutes. N'importe quoi en trois minutes. Le sexe, la vie, tout... C'est un instantané, sans grand angle ni télé-objectif, c'est une vue de famille ou une photo d'oeuvre d'art, n'importe quoi. L'important c'est le cadre, pas le sujet. Tous les classiques de la pop n'ont qu'une ou deux idées livrées en trois minutes. Pour le moment, je n'écoute pas la radio car on y entend trop de «dance» stressante. C'est du collage, c'est trop mécanique. Je préfère les erreurs, je n'aime pas trop la musique générée par computer. Mais la pop est une maladie chez moi, je ne peux pas m'en passer, j'en ferai jusqu'à ma mort. Je pense que mon contrôle de qualité fonctionne encore. Je ne suis pas encore rongé par la vermine, le problème, c'est que ça ne paie pas mon loyer.

COMME LES GARDES

DE BUCKINGHAM PALACE

XTC est tout de même un des rares groupes pop au monde à avoir tenu si longtemps sans succès dévastateur :

C'est vrai que c'est paradoxal. Je suis un drôle d'animal pour ça, c'est vrai. Faut croire que les gens n'aiment pas les photos que nous avons prises. C'est inhabituel, c'est vrai. Virgin s'en plaint depuis dix-neuf ans. Ils savaient qu'ils aimaient ce qu'on faisait mais personne d'autre, à grande échelle évidemment, n'était de leur avis. Et plus étrangement encore, notre plus grande audience aura été les étudiants américains qui avaient la moitié de mon âge. Les Anglais nous détestent car on est trop vieux et trop anglais. On n'a rien d'exotique, on est comme des nains de jardin pour eux. Des groupes qui font la même musique que nous fonctionnent mieux car ils ont la moitié de notre âge. Les Américains nous aiment autant que le changement de la garde à Buckingham Palace...

THIERRY COLJON

XTC : «Fossil Fuel. The XTC Singles 1977-92» (Virgin).

Des oranges et des citrons

Le chanteur Andy Partridge, le bassiste Colin Moulding, le batteur Terry Chambers et le clavier Barry Andrews n'ont pas attendu la vague des «raves» et de l'«ecstasy» pour baptiser en 1976 leur groupe XTC. Basé à Londres, XTC débarque en pleine vague punk dont ils sont déjà la porte de sortie avec une musique qui annonce la new-wave de la fin des années 70. Si le combo fait souffler un petit vent de fraîcheur et d'innovation avec une pop impulsive, il n'hésite pas pour autant à reprendre Dylan («All Along The Wat-chtower ») sur leur premier album «White Music» paru fin 1977. Dave Gregory remplace vite Barry Andrews, XTC aligne les albums qui installent définitivement le style original d'un groupe pop paradoxalement sans grands succès populaire (sinon les simples Making Plans For Nigel», « Wonderland» et «King For A Day»). Ce n'est pas faute d'avoir essayé : «Fossil Fuel. The XTC Singles 1977-92» qui vient de paraître est double. Il fallait bien ça pour accueillir les 31 titres parus en simple, parfois confidentiellement comme «Wrapped In Grey» dont seuls quelques collectionneurs avaient un exemplaire original. Trente et une chansons mais bien peu de hits sinon aux Etats-Unis où les «college radios» ont toujours bien accueilli XTC. Par exotisme sans doute, vis-à-vis d'un band tellement «british». Avec ce sens «arty» de l'humour et des mélodies faussement naïves.

XTC, qui plus est, a toujours bénéficié d'excellents producteurs : Steve Lillywhite pour « Drums And Wires» et «Black Sea», Hugh Padgham («English Settlement »), Steve Nye («Mummer»), David Lord («The Big Express»), Todd Rundgren («Skylarking» et Paul Cox pour le dernier double «Oranges and Lemons». C'était en 1989. Depuis lors, XTC est en veilleuse... Avant le grand retour ?