YVES HANCHAR CINEASTE,REALISATEUR DE "LA PARTIE D'ECHECS"

VAES,EVE-MARIE

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Samedi 7 janvier 1995

LEUR PREMIER BOULOT

Yves Hanchar

Cinéaste, réalisateur de «La Partie d'échecs»

1Quel a été votre premier boulot fixe rémunéré? Réalisateur au Centre audiovisuel de l'Université libre de Bruxelles. J'y avais effectué mon service civil durant vingt mois, juste après mes études à l'Insas. Mes employeurs avaient donc pu se faire une idée de ma façon de travailler. Son directeur a souhaité me garder.

2Quel était votre salaire horaire? Votre statut? Je me souviens de l'embarras du service du personnel lorsqu'il s'est agi de me trouver un statut et un salaire. Ce n'était pas tous les jours que l'université engageait un cinéaste, un «artiste», et mon diplôme n'était pas reconnu. Malgré ces embûches administratives, ils m'ont tout de même octroyé un salaire mensuel de 40.000 F net, en tant que secrétaire d'administration.

3Combien de temps y êtes-vous resté? Qu'avez-vous fait ensuite? J'y suis resté quatre ans. Après, j'ai donné des cours d'audiovisuel durant six mois dans une école normale. Et ensuite, j'ai pris une année sabbatique avant de réaliser mon film. C'est durant toute cette période que j'ai commencé à écrire le scénario de «La Partie d'échecs».

4Une anecdote? Mon travail visait principalement à réaliser des films à l'intention des facultés et de la communauté universitaire. Bien que nous ne disposions pour ce faire que de moyens rudimentaires, c'était très passionnant de sauter sans transition d'une matière à l'autre, d'un sujet de médecine à de la philosophie, par exemple. Je me souviens des premières prises de vue que je fis au bloc opératoire. J'étais assez anxieux à l'idée de voir quelque chose de sanguinolent. Il s'agissait de réaliser un film sur une intervention chirurgicale rare au genou. Introduit dans la salle d'opération, je me concentrais sur les lumières, la caméra, sur l'installation technique en détournant volontairement le regard du patient. Au bout de dix minutes, alors que j'approchai enfin mon oeil de la visée pour commencer à filmer, le chirurgien se retourna vers moi et dit: «C'est bon? Vous avez tout vu?»

5Quel est le conseil que vous donneriez aux jeunes demandeurs d'emploi aujourd'hui? Il faut savoir ce que l'on veut faire. Connaître le reste, c'est-à-dire être performant, efficace, érudit est sans doute important, mais cela s'apprend dans une foule d'écoles ou sur le tas. Tandis que savoir ce que l'on veut faire... Il n'y a qu'une personne qui puisse répondre à cette question primordiale.

Propos recueillis par

EVE-MARIE VAES