ZOOM AVANT SUR JACQUES BREDAEL UNE CERTAINE PHILOSOPHIE DE L'INFO

MARTIN,PASCAL

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Samedi 18 novembre 1995

ZOOM AVANT SUR... JACQUES BREDAEL

Une certaine philosophie de l'info

Jacques Bredael vit au jour le jour. Tantôt praline, tantôt cerise, il offre à l'information sa bonhomie. Le public apprécie.

En France ou aux États-Unis, dix années de présentation du JT auraient à coup sûr fait de Jacques Bredael une vedette du petit écran. Une amorce de «star system» fut d'ailleurs tentée lorsque l'ancien administrateur général Robert Stéphane entreprit de faire la grosse tête à ses journalistes, affichant leur portrait en ville, sur 20m2. Initiative mal venue : la RTBF commençait son long chemin de croix et l'idée d'un vedettariat à la française souleva un tollé. La grogne et les restrictions budgétaires ramenèrent rapidement le petit monde du JT ertébéen à plus de modestie.

Il n'empêche que Jacques Bredael jouit d'une belle popularité auprès des téléspectateurs du service public. A mi-parcours, en 1989, feu «Pourquoi pas ? L'Express» avait ainsi publié un sondage réalisé par Marketing Unit qui le plaçait devant Françoise Wolf et Yves Thiran, ses collègues d'alors. L'étude en faisait le présentateur «le plus proche des spectateurs, le plus didactique, le plus sympathique, le plus crédible, le plus professionnel, le plus...» Bref, le «plus». Une volée d'excellences qui lui vaut encore d'être là aujourd'hui. Pour longtemps ? Tant que la maison voudra bien me garder à cette place, j'y resterai. Plus de dix ans de JT ne m'ont en tout cas pas fatigué. Peut-être parce que je ne souffre pas du stress. La perspective que le travail de toute une journée et de toute une rédaction puisse être remis en question en une demi-heure est au contraire un moment particulièrement excitant.

C'est en 1964 que Jacques Bredael franchit les portes de la RTB et du journalisme audiovisuel avec, en poche, une licence en philologie romane qui le destine à enseigner le français et la morale laïque. Comme maman qui, d'institutrice, est devenue une des premières femmes docteur en philosophie et lettres de l'ULB. Georges Van Hout, préfet de l'athénée Adolphe Max et réalisateur d'émissions sur la Grande Guerre, lui inoculera définitivement le virus audiovisuel. Documentaliste, il deviendra scénariste puis présentateur avant de réussir l'examen d'entrée de la RTB. J'ai choisi sans grande difficulté la carrière de journaliste à la télé, racontait-il au «Soir» en 1989, d'autant que cette carrière me permettait de me lever à 10 heures du matin et plus à la fine pointe de l'aube pour aller en classe.

L'apprentissage continue aux côtés d'Henri Mordant. C'est «14-18», puis le «Magazine des consommateurs» qui met le consumérisme sur la balance. Viennent ensuite «Comptes à rendre», «A suivre», «Sous les pavés, la plage» et enfin l'«Écran Témoin». Ils lui révèlent la tension du direct. En 1984, il commence à présenter le JT dernière. Le «19 h 30» sera bientôt à sa portée.

Comment Jacques Bredael conçoit-il son rôle ? Je suis en quelque sorte la cerise sur le gâteau, le modérateur. Je crois que ce que les gens apprécient chez moi, c'est la bonhomie que j'apporte au compte rendu de l'information. Je suis devenu philosophe. C'est l'âge qui veut cela. Il reste que si le produit vendu n'était pas bon, jamais le public n'adhérerait, concède ce grand amateur de métaphores qui se compare à un... vendeur de pralines.

Et l'information spectacle, celle que l'on pratique nerveusement outre-Quiévrain ? Elle est à bannir, bien sûr parce qu'elle annule l'intérêt de la réflexion du journaliste. C'est de décodage dont a besoin le public. Si je pouvais apporter quelque chose de neuf au JT, ce serait de désacraliser cette grand-messe que l'on présente comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre. Il faudrait faire comme aux USA où le studio est dans la rédaction. Question de proximité, de simplicité.

Des souvenirs ? Je suis un homme sans mémoire. Chez moi, les bons et les mauvais souvenirs s'estompent. Même s'il y a de grands moments d'actualité ou des grandes rencontres. Comme Barbara Hendrickx. Ou Roberto Benigni qui me demandait récemment en plein JT, avec un délicieux accent italien: «Et le sexe, Monsieur Jacques, il va bien pour vous ?».

PASCAL MARTIN

Le JT, RTBF 1, 19 h 30.